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ÉNUMÉRATION
AVANT-PROPOS.
Une énumération des plantes qui croissent dans une localité spéciale, est quelque chosede bien aride en soi, si on la suppose destinée à la généralité des lecteurs : c’est une suitede mots sans vie, un tableau sans couleur et sans intérêt pour tout homme étranger à laconnaissance des végétaux. Mais il en est tout autrement pour le botaniste exercé : pour lui,une énumération soignée, faite avec une critique consciencieuse, équivaut à une Flore, oùtoutes les plantes seraient décrites ou figurées; pour lui, le nom seul d’une plante parlesuffisamment à son imagination, parce qu’il la connaît déjà, et qu’il lui suffit de savoirqu’elle croît dans telle ou telle localité, pour la reconnaître aisément, si elle se présente àlui dans l’endroit où il la cherche. Cette assertion est encore plus vraie pour un pays qui,comme le nôtre, et comme, au reste, toute la chaîne jurassique, ne contient aucune espècequi lui soit exclusivement propre. L’énumération des plantes de notre canton ne sera doncpas sans intérêt et sans utilité, dans un temps surtout où une commission spéciale vientd’être nommée pour s’occuper de la rédaction d’une nouvelle Flore helvétique; elle serviradu moins à rectifier quelques erreurs de localités ou de déterminations d’espèces qui se sontglissées dans les Flores antérieures, d’après des données inexactes, et à ajouter quelquesnouvelles richesses à notre Flore indigène, déjà si riche et si variée pour un si petit espace.
Mais quelque peine que je me sois donnée pour recueillir tous les renseignemens qu’ildépendait de moi de me procurer, quoique j’aie eu à ma disposition plusieurs herbiers deplantes indigènes, et que j’aie herborisé pendant plusieurs années dans toutes les parties denotre canton, je suis loin d’avoir levé tous les doutes et d’avoir recueilli toutes les espècescitées dans les anciens catalogues, soit qu’elles aient été faussement indiquées, soit qu’ellesaient disparu. L’industrie si active de notre canton, les nombreuses constructions qui s’é-lèvent de toutes parts, les quais établis le long de notre lac, l’exploitation de la tourbe quidevient toujours plus abondante, à mesure que la cherté du bois augmente, toutes ces