été transformée en champs, des rochers en routes hardies, des marais en prairies, des gra-viers en digues et en quais.
Parmi les végétaux qui croissent sans culture dans une localité quelconque, il est impos-sible qu’il ne s’en.trouve pas un certain nombre qui ne lui appartiennent pas véritablement,surtout parmi les plantes annuelles. Les graines de céréales, de trèfle, d’esparcette quenous tirons d’autres pays, surtout des pays méridionaux, nous apportent de temps en tempsdes espèces jusqu’alors inconnues, et qui leur sont peut-être arrivées de même; ainsi il estdifficile de bien circonscrire, dans tous les cas, le véritable domaine d’une Flore spéciale. Si,comme cela paraît bien certain, l’ Erigeron canadense nous est venu d’Amérique ; si,comme plusieurs botanistes le prétendent, le Papaver Rhæas, le Centaurea cyanus,l’ Agrostemma githago, et autres espèces si communes parmi les moissons, nous sont arri-vées d’orient avec les céréales, dès les anciens temps, qui nous dit qu’il ri’en est pas demême de toutes les plantes annuelles et bisannuelles qui lie croissent chez nous que parmiles moissons et les champs labourés, comme Alchemilla arvensis, Delphinium consolida,Campanula spéculum, les diverses espèces de Fedia? etc. Toutefois nous devons énumé-rer ces espèces, comme si elles étaient véritablement indigènes, parce que nous n’avonsaucune tradition qui nous permette de les exclure du droit de patrie, et que le bénéfice dela prescription leur est acquis; et cependant nous savons qu’il y eut un temps où il ne setraçait pas un sillon dans toute l’Helvétie, et où par conséquent les plantes propres auxterrains cultivés n’existaient pas dans nos montagnes. Mais si nous avons perdu la tracepour le passé, une énumération peut laisser d’utiles jalons pour l’avenir, et nous saurons àquoi nous en tenir avec tous les nouveau-venus qui ne seront pas légalement inscrits. Il y adéjà un certain nombre d’espèces que je n’admets qu’avec doute comme indigènes, parcequ’elles sont rares et bornées à quelques localités où elles ne se retrouvent pas même chaqueannée; telles sont, par exemple, Centaurea solslicialis, C. calcitrapa, Crépis setosa,Papaver argemone, Scandix pecten, Caucalis grandiflora et daucoides, Melampyrumnemorosum, Coriandrum sativum , indiqués par MM. Chaillet et Schleicher près dePeseùx,et qui y a complètement disparu; Lathyrus nissolia, anciennement trouvé au Val-de-Ruz>et bien d’autres; observations que j’indiquerai à chaque espèce dans mon énumération.
Une autre classe de plantes est celle des échappées des jardins, qui augmentent d’unemanière si commode le nombre des sujets d’une localité. Avec celles-ci, il est plus facile deprocéder; on connaît en général parfaitement la patrie de ces espèces, qui ne se retrouventque dans les environs des jardins où elles sont cultivées : telles sont, dans notre pays, Da-turà stramonium, Sylibum marianum, Valeriana phu, Aster chinensis, Anthémis no-bilis, Balsamita major, Arlemisia absynthium et pontica, au Val-de-Travers , Pyreirumparthenium, etc.;—Celles-ci, ainsi que les espèces généralement cultivées en plein champ,doivent être admises, sans doute, dans une énumération, mais notées d’un signe particu-lier, qui les fasse reconnaître au premier coup-d'œil.