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LE MOUTON.
au poids moyen de 3 kilog. à 3 kil. 5 le quartier. A certaines saisons, ils descendentdes montagnes aux bords de la mer, et y broutent les varechs et autres plantes ma-rines. Il est curieux de les voir, quand la mer se retire, descendre en courant deces montagnes, comme s’ils possédaient une connaissance instinctive du tems de lamarée basse. Ils restent à pâturer sur le rivage autant que la mer le permet, et quel-quefois ils sont surpris par la marée montante, qui les entoure et les noie. Quelque-fois, épuisés de fatigue, ils ne peuvent gravir les rochers escarpés de la côte et pé-rissent ainsi; d’autres fois, ils sont poussés dans les criques, où ils restent enfermésjusqu’à ce que la marée basse leur permette de s’échapper. 11 est remarquable queces moutons se nourrissent volontiers de substances animales. Une des grandes res-sources dans quelques-unes de ces îles pour les entretenir, quand il n’existe pasd’autre provende, c’est le poisson séché dans ce but sur les rochers du rivage (1).Ces animaux manifestent dans leurs mœurs la rudesse de leur condition : les béliersse jettent souvent sur d’autres moutons du troupeau qui sont blessés et les tuent;quelquefois ils attaquent avec fureur les femelles et les agneaux nouveau-nés;comme si, dans ces îlots maigres et circonscrits dont ils ne peuvent sortir, ilsavaient acquis l’instinct de prévenir, en s’entredétruisant, la trop grande multipli-cation de leur nombre. Les brebis, connaissant le danger, se cachent au tems oùelles doivent mettre bas, afin de pouvoir faire leur agneau en secret. Amenés dansdes contrées plus riches, ces animaux sauvages font tous leurs efforts pour s’échapperdes parcs où on les enferme, puis ils gagnent les montagnes les plus voisines, etchangent constamment le lieu de leur séjour. Us broutent les parties supérieuresdes herbes à la manière des chèvres, et essaient d’atteindre les branches des arbris-seaux et des arbres. Leurs descendans conservent pendant plusieurs générations lesmœurs sauvages de la race.
Parmi ces moutons, les moins croisés avec du sang étranger sont ceux des îles lesplus éloignées, surtout de Schetland . Les moutons des îles Orcades sont d’une origineplus mélangée, et les races impures n’ont pas la finesse de laine qui distingue l’an-cienne race. Chez ces animaux, le poil pousse mêlé à la laine sur toutes les parties
(1) Je suis très-disposé à croire que les animaux qu’on nomme herbivores , parce qu 'ils peuvent se pas-ser d’une nourriture animale, et que nous trouvons plus d’avantages, ou eux-mêmes plus de facilités às’entretenir avec des végétaux, s’assimileraient parfaitement les substances animales et les mangeraientsouvent avec plaisir; M. Hamoxt, vétérinaire en Egypte , nous a rappelé ce fait pour les chevaux arabes ;déjà l’on savait que les substances végétales azotées étaient les plus nourrissantes, et l’on attribue peut-être trop exclusivement à la saveur salée le goût des moutons pour l 'azotate de potasse (salpêtre) qu’ilslèchent sur les murs. On sait aussi que le porc se trouve parfaitement de l’alimentation animale; que lesbœufs et les vaches recherchent la paille imprégnée d'urine de cheval, etc. R.