LE COCHON.
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COCHON SAUVAGE.
tient de préférence le sanglier. Les défenses du mâle sont dirigées au devant des or-bites. La hauteur et la force de ses hanches et de ses extrémités lui permettent deprojeter son corps en avant avec une grande violence, et ses défenses sont placées demanière à pénétrer en dessous dans le corps de son ennemi pour le déchirer ou lefendre, et y faire de terribles blessures. Quant à ses mâchoires, leur force extraordi-naire rend leur morsure plus dangereuse que celle d’aucun autre animal. Loin demanquer d’adresse quand il attaque ou se défend, les moyens qu’il emploie sontcertainement les plus appropriés à sa structure et à ses armes naturelles. S’il n’estpas très-vif, tout au moins l’est-il assez pour sa propre sécurité, puisque, pendantquelques instans, il peut courir plus vite que les animaux carnassiers qui l’atta-quent ordinairement.
Silecochon nous paraîtêtre un animal de mœurs grossières, d’instincts malpropres,dont le toucher et le goût sont obtus, la sensibilité tellement nulle que des sourispuissent se loger dans sa graisse sans qu’il paraisse le sentir, etc., etc., n’oublionspas qu’il ne peut s’agir ici du cochon dans l’état de nature, mais bien d’un de cesêtres que nous avons mutilé pour l’approprier à nos besoins. Nous ne devrions pasl’appeler immonde parce que la nature lui a donné des organes puissans de diges-tion qui lui permettent de se nourrir des substances les plus diverses ; quant à sa vo-racité, qu’est-elle sinon le résultat de l’étendue et de la perfection de ses organesdigestifs et respiratoires? Il est difficile de savoir quelle est chez lui la perfection dugoût; mais nous n’avons aucune raison d’en conclure avec M. de Buffon qu’il doitêtre obtus. On dit que la couche de graisse qui enveloppe tout son corps doit émous-ser sa sensibilité; mais le réseau nerveux qui donne la sensibilité à la peau est ex-térieur à cette couche de graisse, et n’est nullement affecté par elle. La peau du co-chon n’est rien moins qu’insensible, il souffre delà morsure des cousins et autresinsectes, et cherche à s’en préserver en se vautrant dans les lieux humides ou en secouvrant de boue. Il est très-sensible aux coups, et manifeste sa souffrance par descris perçans; quant aux souris qui creusent des trous dans son lard, ce n’est proba-blement qu’une fable, bien que Varron l’ait donnée comme très-véridique, et que,depuis dix-huit cents ans, tous les écrivains l’aient successivement copiée sans pa-raître en douter aucunement.