A
LE CHEVAL.
HISTORIQUE.
A l’état de domesticité, l’âne ne perd presque rien de la forme et de la couleurprimitives de sa race. Il supporte la soif et la fatigue, et se contente d’un peu defourrage sec. 11 ne paraît pas sensible au froid, mais il craint l’humidité, et n’entrequ’avec répugnance dans les étangs ou les rivières. C’est un animal robuste et pluspropre à porter des fardeaux et à traîner des objets pesans, qu’on ne serait tenté dele supposer d’après la délicatesse de ses membres et la grosseur relative de soncorps. Il est docile et enjoué sous sa charge quand on le traite avec bonté; maislorsqu’on lui impose une tâche au dessus de ses forces ou qu’on lui inflige des coupsimmérités, il manifeste alors son humeur naturelle. 11 meut parfois ses lèvresd’une façon particulière, et montre les dents en faisant une grimace singulière. Cetteexpression d’une souffrance muette devrait toucher de compassion plutôt qu’exciterle rire ou un redoublement d’injures. Il est triste de penser qu’un animal si doux,si patient à notre service, si reconnaissant des bontés qu’on lui témoigne, est géné-ralement traité avec violence et cruauté. N’a-t-on pas réfléchi que l’âne n’est unanimal dégénéré que par suite de l’abus que nous en avons fait, et que, s’il est es-clave, c’est que la nature l’a doué de cet instinct qui fait ployer ses facultés à notrevolonté? Sa tête, sa voix, sa patience et sa soumission elles-mêmes ont été, de toustems, un objet de ridicule. On l’a considéré comme l’emblème de la stupidité, del’entêtement, de la méchanceté, tordus, piger, slupidus, potidus. Quant à sa forme,nous dirons que, semblable à celle des animaux de cette famille, elle est gracieuseet pleine d’activité. Ses oreilles, il est vrai, nous semblent disproportionnées; maisqu’on se rappelle qu’au désert ces organes lui permettent de saisir les sons éloignéset d’échapper à ses ennemis. Sa voix, qui nous paraît si rude et si discordante, estdestinée à retentira travers les solitudes qu’il habite, à prévenir ses compagnonsdu danger, et à réunir les membres disséminés de la troupe. Sa patience et sa sou-mission assurément n’ont pas besoin cl’excuses; si elles ne sont pas des qualitésdistinctives de son état de liberté, elles montrent du moins que la nature les lui adonnées pour nous être utile. Sa stupidité ne repose que sur des apparences; aucunanimal de sa tribu ne montre, en effet, autant de sagacité; quant à sa méchanceté età son entêtement, il faut avouer que ces défauts sont le résultat des mauvais traite-mens que nous lui faisons endurer; le conduit-on avec bonté, non-seulement il n’estpas indocile, mais il ne manque pas d’attachement pour le maître qui prend soinde lui.
Quoique cet animal puisse supporter de grands froids, il appartient cependant auxclimats chauds et tempérés. Son tempérament est approprié à ces conditions physi-ques; ses facultés semblent s’altérer quand il passe sous des latitudes plus élevées.Les ânes du nord de l’Europe ne sauraient être comparés à ceux de la Syrie , de lal’erse et des contrées du Levant , non plus qu’à ceux de l’Espagne et du nord de