HISTORIQUE.
delà grosseur du doigt, et de quinze à vingt mètres de long, faite avec des lanièrestressées de peau non tannée. Cette corde porte un anneau formant un nœud coulantà l’une de ses extrémités; l’autre bout est attaché à une forte ceinture de peau, soli-dement fixée autour du cheval. Cette corde, soigneusement roulée, est tenue dans lamain gauche du cavalier; l’extrémité qui porte le nœud coulant traîne sur la terre,excepté lorsqu’on veut s’en servir; alors il est agité autour de la tète, et lorsqu’ildécrit un mouvement circulaire, il est lancé avec une inconcevable précision sur lapartie du corps ajustée par le chasseur, toujours au grand galop, que ce soit le cou,une seule ou plusieurs jambes, ou le tour du corps. L’animal empêtré est précipitésur la terre avec une effroyable violence cl saisi avant qu’il puisse se reconnaître;quelquefois même une selle est lîxée sur son dos, et un mors entré de force dans sabouche avant qu’il ait eu le teins de se relever. Tel est l’effet de ce formidableengin, employé dans ces contrées à capturer le cheval et les autres animaux, etdont une pratique incessante, dès sa plus tendre enfance, instruit le Guacho à seservir avec une adresse incomparable. On assure que les plus jeunes enfans s’habi-tuent à la pratique du lasso dès qu’ils peuvent courir, empêtrant tous les animauxassez malheureux pour se rencontrer sur leur passage, chiens, cochons, volailles, etsurtout les chats, persécutés en tous lieux; de sorte qu’aussitôt que ces bambinspeuvent se tenir à cheval, ils sont experts dans ce genre d’exercice. On ne se sertpas seulement de ce formidable engin pour les chevaux sauvages, on l’applique éga-lement à ceux en domesticité, et lorsqu’ils en ont une fois éprouvé les effets, ils nepeuvent le voir sans terreur. Outre l’usage qu’en fait le Guacho contre les chevauxsauvages qu’il veut dompter, il l’emploie également, quelquefois, lorsque dans unelongue marche il veut se procurer un cheval frais et poursuivre sa route sur unanimal qui jamais, auparavant, n’avait connu le joug de la servitude. Pour cela ils’approche de l’anima] sauvage, lui lance le tasso avec sa précision ordinaire, et aumême instant l’abat sur le sol; puis, avant qu’il songe à sc relever, le Guacho seprécipite sur lui, détache son manteau de dessus ses épaules, en enveloppe la têtede l’animal abattu, enfonce dans sa bouche le mors d’une des brides du pays, lîxeune selle sur son dos, et, tout en le montant, enlève son manteau , tandis que l’ani-mal se relève et par mille moyens essaie d’échapper à la servitude que lui imposeson nouveau maître. Vains efforts : le Guacho reste inébranlable, et par le pouvoirde son arme et de ses terribles éperons, il réduit l’animal à une entière obéissance.La soumission est complète; le Guacho poursuit son voyage sur le cheval captif,qui, reconnaissant l’inutilité de toute résistance, subit la nécessité et devient l’es-clave de l’homme. Quoique ces chevaux ne soient pas très-rapides, ils ont considé-rablement de fonds. Dans cet état de soumission subite, on leur fait faire quelque-fois soixante, soixante-dix et jusqu’à cent milles (93 à 160 kilomètres), constant-