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ment excités par l’éperon de leur barbare conducteur. Lorsqu’ils ont accompli celtetâche exorbitante, mutilés, terrifiés et mourant de fatigue, on les abandonne dansles plaines pour y périr ou pour rejoindre, s’ils en sont capables, leurs compagnonsde la veille.
Ces chevaux ont repris, à un certain degré, les caractères du type sauvage dont laTartarie.offre le modèle. Leur tête est devenue plus forte, leurs oreilles plus longues,leurs membres plus musculeux et leur conformation générale moins symétrique quedans la race dont ils descendent. Leur poil, cependant, n’est pas devenu long- etl'entré comme celui des chevaux tartares, parce qu’ils habitent un climat-doux etfertile; mais il s’est rapproché de cette uniformité de couleur qui distingué les racéssauvages de celles en domesticité, dans toutes les espèces animales. Leur robe esttoujours châtain clair, jamais d’un brun foncé, comme dans les races tartares; etlorsqu’on en rencontre un bai, noir, ou d’une autre couleur, on eu conclut qu’il estissu d’une souche domestique et qu’ii s’est échappé pour rejoindre les troupes sau-vages. Ils sont rustiques, mais pas très-rapides, comme nous l’avons dit, et sontfacilement dépassés à la course par les races élevées en domesticité.
Les chevaux domestiques de l’Amérique espagnole possèdent les caractères géné-reux de la race dont ils descendent ; mais comme ils sont traités avec la plus grandedureté et élevés sans aucune attention dans le choix des reproducteurs, ils ont perdubeaucoup de la grâce de conformation et de l’élégance des allures qui distinguent lesvéritables Andalous. Les étalons et les junlens ne sont jamais montés; les chevauxhongres sont seuls employés pour la selle. Ils sont ordinairement tenus dans degrands pâturages, et conduits périodiquement au corral ( 1), où le lasso et l’éperondu Guacho sont employés à leur rappeler leur dépendance. Lorsque les poulainsdoivent être dressés, ils sont conduits au corral dans une troupe, soumis un à un à ladiscipline du lasso, et réduits à l’obéissance, moitié par force et moitié par terreur.
Des conquérans de ces belles provinces, le cheval est passé aux mains des Indiensde l’intérieur et a produit un grand changement dans les habitudes des hommesrouges.de ces plaines, et un bien léger sur leur sentiment moral. On peut dire queces braves tribus, qui ont fui l’esclavage de quelques hommes, leurs semblables,passent leur vie à cheval; leurs membres sont devenus faibles, faute de s’enservir pour marcher; mais ce sont les cavaliers les plus parfaits de l’univers. Nuscomme en venant au monde, sans selle, avec un mors de peau, leur-longue lancelégère à la main, ils sont toujours en mouvement, émigrant de place en place, àmesure que les pâturages où ils se trouvent sont consommés. Ils n’ont ni tentes, ni
(I) On donne le nom de corral à une enceinte circulaire, sorte de manège destiné, dans l’Amériqueespagnole, à soumettre les chevaux au terrible lasso.