CUAP. XXII. CAMPAGNE DE I 8 I 5. 5o
France , rien pour un homme; » telle était sa de-vise; dogme très-respectable en apparence, maisqui, poussé trop loin, peut faire commettre degraves fautes, et mener jusqu’à l’oubli des de-voirs les plus sacrés.
Au bruit du retour de l’Empereur, Ney nevoit d’abord que les torts qu’il a eus envers luià Fontainebleau , et les dangers de la guerrecivile dont ce retour menace la patrie; il acceptede bonne foi la mission de le repousser par lesarmes, il s’exhale même en menaces imprudenteset inconvenantes contre son ancien chef. Maisconvaincu bientôt, par son voyage en Bourgogneet en P'ranche-Comté, de l'unanimité des senti-ments du peuple et de ses propres soldats, quiarborent les couleurs nationales en sa présence,et entraîné par deux officiers qu’on lui envoyasecrètement de Lyon pour lui garantir l’oubli dupassé, le maréchal se repent alors de sa premièrerésolution, et tremble de donner le signal decette guerre civile qu’il déteste.
Placé dans la même alternative que Marlbo-rough entre Jacques II et Guillaume, il n’hésitapoint à se jeter dans les rangs qu’il avait illustréspar tant de beaux faits d’armes. Il le fit par en-traînement, et céda à l’idée dont il était dominé,sans réfléchir qu’il blessait des convenances sa-crées, qu’il lui eût été si facile de ménager en se