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Mémoires du Général Rapp, Aide-de-Camp de Napoléon / écrits par lui-même et publiés par sa famille
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Mémoires

„de Trévise , me dit-il: sa majesté ne veut pas,,vous faire tuer dans cette affaire; elle vous,,réserve une autre destination.“ Je reçus cecontre-ordre avec plaisir, je ne le cache pas.J’étais exténué de fatigues, de sufïrances et defroid. Je ne tenais pas a marchera l’ennemi;du reste, ses Cosaques lui avaient déjà donnél’éveil, il était en mesure, il nous reçut de sonmieux. Il fut néanmoins rompu et rejeté surses masses. Celles-ci étaient en position paral-lèlement a la route; elles s’étendaient pourainsi dire de Smolensk a Krasnoï; elles nous

{ menaient en flanc, elles eussent pu nous acca-)ler. Heureusement le prestige durait encore:nous étions protégés par le souvenir de nosvictoires. Kutusow voyait de loin nos colon-nes qui défilaient sur la route, et n’osait lesaborder. Il se décidait enfin a courir la for-tune; mais un paysan lui rapporta que Napo-léon était a Krasnoï, que la garde en occupaittous les alentours. Cette nouvelle glaça soncourage : il révoqua les ordres qu’il avait ex-pédiés.

Nous avions depuis long-temps la mesurede sa capacité, nous la portions en ligne decompte; c’était un de nos moyens; il pouvaitnéanmoins se raviser, courir aux armes et nousanéantir: nous le sentions tous; mais nous n’a-vions pas de nouvelles d’Eugène; Davoust etNey étaient en arrière; nous ne pouvions lesabandonner. La température devenait d’ail-leurs chaque jour plus âpre; les Eusses souf-fraient ; ils avaient sommeillé jusque-là, il»

Ï iouvaient sommeiller encore. Napoléon réso-ut d’en courir la chance ; il attendit. Tout