98 CONSIDÉRATIONS
du caractère de M. de Maurepas, de cet hommequi ne voyoit dans l’expression des sentimensqu’une occasion de découvrir le côté vulnérable.Dès qu’il connut la susceptibilité de M. Neckerpar le chagrin que sa femme avoit fait voir, ilse flatta, en l’irritant, de le pousser à donnersa démission.
Quand M. Necker sut la démarche de safemme, il la blâma, mais il en fut très-ému.Après ses devoirs religieux, l’opinion publiqueétoit ce qui l’occupoil le plus; il sacrifioit lafortune, les honneurs, tout ce que les ambi-tieux recherchent, à l’estime de la nation; etcette voix du peuple, alors non encore altérée,avoit pour lui quelque chose de divin. Le moin-dre nuage sur sa réputation étoit la plusgrande souffrance que les choses de la vie pus-sent lui causer. Le but mondain de ses actions,le vent de terre qui le faisoit naviguer, c’étoitl’amour de la considération. Un ministre duroi de France n’avoit pas d’ailleurs, comme lesministres anglois, une force indépendante de lacour : il ne pouvoit manifester en public, dansla chambre des communes , son caractère et saconduite ; et, la liberté de la presse n’existantpas, les libelles clandestins en étoient d’autantplus dangereux.