SUR LA RÉVOLUTION FRANÇOISE. 329sans lesquels la société n’auroit aucun but, quela raison pût s’expliquer.
Néanmoins, la liberté angloise échappera-t-elle à cette action du temps qui a tout dévorésur la terre? La prévision humaine ne sauroitpénétrer dans un avenir éloigné : cependanton voit dans l’histoire les républiques ren-versées par des empires conquérans, ou se dé-truisant elles-mêmes par leurs propres con-quêtes; on voit les peuples du nord s’emparerdes états du midi, parce que ces états tom-boient en décadence, et que d’ailleurs le be-soin de la civilisation portoit avec violenceune partie des habitans de l’Europe vers lescontrées méridionales ; partout on a vu lesnations périr faute d’esprit national, faute delumières , et surtout à cause des préjugés qui,en soumettant la plus nombreuse partie d’unpeuple à l’esclavage, au servage ou à touteautre injustice, la rendoient étrangère au paysqu’elle pouvoit seule défendre. Mais dans l’étatactuel de l’ordre social en Angleterre , aprèsün siècle de durée des institutions qui ontformé la nation la plus religieuse, la plus mo-rale et la plus éclairée dont l’Europe puisses e vanter, je ne concevrais pas de quelle ma-nière la prospérité du pays, c’est-à-dire, sa