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avec un ordre admirable, vu la circonstance,avait plutôt l’air d’une pompe funèbre que d’unemarche militaire. La contenance morne et abat-tue des troupes faisait assez voir combien ellesétaient touchées de la cruelle nécessité d’aban-donner à l’ennemi l’antique Moscou , quellesétaient habituées à regarder comme l’ame del’empire russe ; des officiers et des soldats pleu-raient de rage et de désespoir. Le commandantde Moscou , ayant reçu l’ordre d’évacuer aussila ville avec le régiment de garnison qui s’ytrouvait, se mit en marche, précédé d’une mu-sique bruyante , pour rejoindre les colonnes del’armée qui défilaient dans les rues. Le contrastefrappant de cette troupe si inconvenablementgaie, avec la disposition sombre de tous les es-prits, fit naître de violents murmures parmiles braves échappés aux horreurs de Borodino.Quel est ce traître qui se réjouit des maux dela patrie, s’écriait-on de toutes parts? Les chefsse précipitèrent vers cette colonne pour fairetaire sa musique , et ils n’y réussirent qu’avecpeine. Le commandant était un brave militaire,mais étranger; il ne pouvait comprendre pour-quoi l’on prétendait l’empêcher d’évacuer sa placeavec les honneurs de la guerre.