PREFACE.
VII
C’est sans doute beaucoup trop attendre de la plupartdes éducateurs, mais il n’est pas permis de désirer moins,à une époque que la postérité considérera , malgré tout,comme un siècle de lumières et de progrès : n’est-ce pas enmenant de front la culture des sentiments et celle dessciences qu’on peut donner de bonnes impulsions à toutesles facultés, et n’est-il pas nécessaire de commencer parlà?
Le dirai-je? A l’exemple de Montesquieu qui composajadis un grand livre pour enseigner l’esprit des lois auxjurisconsultes, j’en ai fait un petit pour dévoiler aux éco-liers ce que j’ose nommer l’esprit des mathématiques, carici, comme ailleurs, la lettre tue et l’esprit vivifie : est-ilbesoin de le prouver?
D’Alembert cite l’apologue suivant qu’il tient, dit-il,d’un médecin, homme d’esprit et philosophe : « La nature« est aux prises avec la maladie. Un aveugle armé d’un« bâton (c’est le médecin) arrive pour les mettre d’ac-« cord. Il tâche d’abord de faire leur paix ; mais quand* ii ne peut en venir à bout, il lève son bâton sans savoir« où il frappe ; s’il attrape la maladie, il tue la maladie ;« s’il attrape la nature, il tue la nature. »
Eh bien ! quand nous passons du physique au moral,pour revenir au sujet qui nous occupe, il nous semblequ’on peut substituer dans cet apologue, sans offenserplus grièvement la vérité, savoir : l’ignorance à la maladie,l’intelligence au corps (représentant visible et tangible dela nature) et le professeur au médecin ; mais nous n’ironsças jusqu’à dire qu’il y a des instituteurs assez maladroitspour tuer l’intelligence, tout en travaillant à détruirel’ignorance.