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TROISIÈME PARTIE.
« Je suis bien aise d’apprendre la guérison de M. Newton,en même temps que sa maladie qui était sans doute des plusfâcheuses; c’est à des gens comme vous et lui, Monsieur, queje souhaite une longue vie. »
Deux hommes comme Newton et Leibnitz étaient capablesde s’apprécier mutuellement; mais le premier ne se conduisitpas toujours d’une manière irréprochable à l’égard du second,et ce dernier ne fut pas le plus mal traité des deux. Qu’il noussuffise de rappeler que l’invention du calcul différentiel etla correspondance de Newton furent la source de quelques vifsdébats entre ces deux grands hommes !
En 1716, dans le fort de la querelle relative à l’invention del’analyse infinitésimale, Leibnitz voulant prouver la supérioritéde son calcul sur la méthode des fluxions de Newton, envoyaà l’abbé Conti l’énoncé de ce problème :
« Trouver une ligne courbe qui coupe à angles droits uneinfinité d’autres courbes de nature donnée mais exprimablespar une même équation. »
Il s’agit, disait Leibnitz, de tâter le pouls aux analystesanglais. Le fait est que Newton reçut ce problème à quatreheures du soir, en revenant de la Monnaie, et qu’il s’en seraitbien passé ; mais bien qu’il fût très-fatigué il ne se couchapas avant d’en être venu à bout.
A partir de ce jour-là, il cessa de cultiver les mathématiques,sans doute pour avoir la paix. Dans les dix dernières annéesde sa vie, quand on venait le consulter sur quelques passagesde ses œuvres, il répondait invariablement aux importuns :« Adressez-vous à M. Moivre; il sait cela mieux que moi. »
Newton était presque étranger au commerce du monde. Iljoignait à une figure plutôt calme qu’expressive, un air presquelanguissant ; il ne se maria pas, sans doute parce qu’il n’eut ja-mais le loisir d’y penser. Absorbé par l’étude, il agissait sou-vent sans songer 1 qu’il agît ; il oubliait même de prendre de lanourriture. Quand ce besoin se faisait sentir, il n’eût pas étéimpossible de lui prouver qu’il était satisfait, à en juger parl’anecdocte suivante : Un de ses amis étant venu dîner chezlui dut se mettre à table, pressé par la faim, après avoir attendulongtemps qu’il sortît, de son cabinet où il était renfermé; puisil se retira laissant les restes d’un poulet découpé. Plusieurs