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Seconde partie.
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au quai, je descendis la berge inégale du Rio Grande , et j’entrai sansmot dire dans la nacelle d’un passeur d’eau.

» J’étais à peine assis que le marinier prit ses rames, et je sentis lecanot flotter. Je tournai la tête; les ondes me séparaient déjà de la rivetexane. Le passage fut silencieux et me sembla long, bien que le fleuve,alors très bas, n’eût pas plus de cinquante mètres à la ligne d’eau. Je mispied à terre à l’autre bord ; je tirai de ma poche la pièce de monnaie quej’avais préparée, et passant devant les soldats mexicains, qui me rappe-laient les compagnons de Mazaniello dans l’opéra de la Muette, je m’en-gageai à pied dans la courte étendue de prairie vierge qui sépare le ferryde Brownsville des maisons septentrionales de Malamoros. Je me sentaislibre, sauf, satisfait d’avoir tenu ma parole, fier d’avoir conservé pendanttrente-cinq jours de danger le papier qui m’était confié, et que d’autres,dans des circonstances semblables, avaient eu la faiblesse de détruire.J’apercevais dans un rêve éloigné ma famille, ma patrie, que j’avaisparfois douté de revoir. En Europe , nos proscrits politiques se mettenten sûreté par une fuite de vingt-quatre heures ou tout au plus d’unesemaine. J’avais passé trente-cinq jours incertain de ma vie, défiantdans les stratagèmes que j’étais contraint d’employer, inquiet du sortfinal qui m’attendait à Brownsville . Je respirais à pleine poitrine;j’appuyais le pied d’un mouvement nerveux sur cette terre où j’étaislibre, où l’esclave est libre.... Je crois qu’un cri de satisfaction sortit dema poitrine. Je jetai dans la poussière du chemin le fouet de roulierqueje tenais encore à la main, et j’entrai dans la cité mexicaine.

» Je marchai quelque temps au hasard. Des constructions à demidétruites, des toits brûlés, des murs criblés de boulets, de balles, semontraient partout comme des témoins des derniers troubles. Mais jen’apercevais en ce moment que les lauriers roses en fleurs, les dattiersqui élevaient leurs palmes au-dessus des maisons, les orangers chargésde fruits, les pêchers dans leur parure du printemps, les oliviers, lesfiguiers, les mûriers, aux mûres rouges et noires. Tout me semblaitnature, abondance, paix, bonheur champêtre. En passant devant unemaison ouverte, j’entendis un mulâtre parler français . Je ne doutai pasqu’il ne fût un réfugié de la Louisiane , et je lui fis connaître ma position.M. Lamobilière et sa femme — blanche — m’accueillirent aussitôt avecune aménité dont je ne perdrai jamais le souvenir. Ils pourvurent à mespremiers besoins. Je me procurai d’autres vêtements; j’enlevai la coucheépaisse de poussière qui me couvrait le corps, et me voilà bientôt cher-chant de rue en rue le consulat américain.