LVIII
« Le travail avait été incessant. Il n’y avait pas de semaine, raconte-t-il,où je n’eusse fourni au moins seize colonnes; souvent, ma quote-parts’élevait à dix-huit ou vingt; et dans une circonstance, j’ai été jusqu’àvingt-trois colonnes. Je n’avais pas un jour de répit, à la seule excep-tion des dimanches que chôment tous les journaux américains (1). »
Cette vie de continuel labeur avait aussi, parfois, ses dangers. L’exas-pération où les défaites des confédérés, dans leur lutte contre le Nord,mettaient la population esclavagiste de la Nouvelle-Orléans , menaçaitchaque jour d’éclater d’une façon brutale et terrible.
La fureur des planteurs était surtout grande contre les blancs quimanifestaient de la sympathie pour la cause des nègres ou qui soute-naient ouvertement cette cause. Déjà, en 1865, Houzeau — ou plutôtDalloz — avait failli être « chassé du pays », à la suite d’un article oùil critiquait un règlement sur le travail agricole, édicté par le généralHurlbul, alors commandant militaire dans la Louisiane .
L’année suivante, le 30 juillet 1866, un événement plus grave vintl’avertir des dangers de la situation, sans cependant abattre ni soncourage, ni son ardeur dans la lutte qu’il avait entreprise.
Une réunion de la Convention du parti républicain de la Louisiane ,qui comprenait dans son sein tous les soutiens du parti abolitionniste,avait lieu ce jour-là à l’hôtel du gouvernement. Vers une heure del’après-midi, une foule menaçante et armée se dirigea vers les abordsde l’assemblée; un grand nombre de noirs s’y trouvaient, mais simple-ment en curieux et animés des dispositions les plus pacifiques.
Les esclavagistes se ruèrent sur eux avec rage, et en un instant enfirent un massacre affreux. Plus tard, la salle où la Convention s’étaitréunie fut de même envahie au bruit des coups de feu.
Houzeau, après avoir vu tomber à ses côtés plusieurs des membresde la Convention, parvint à s’échapper avec un de ses amis par une
depuis mon retour à la Nouvelle-Orléans , j’ai écrit ou dicté la valeur de plus de vingt-cinqvolumes. »
C’était lui, aussi, qui préparait les règlements et les résolutions de la plupart desassemblées où se réunissaient les organisateurs du mouvement anti-esclavagiste. Il estl’auteur, entre autres, de la fameuse loi dile des Droits civils, adoptée par le Congrèsrépublicain de la Louisiane en mai 1866, et qui annulait toute distinction de couleur aupoint de vue des droits des citoyens. Cette loi entraînait l’admission des enfants noirsdans les écoles publiques, celle des hommes dans la garde nationale, leur éligibilité auxfonctions publiques, etc.
(1) Son traitement, à la fin de 1866, était de U 000 francs. En moins de deux ans, onl’avait augmenté de 8 000 francs.