46 CONSIDÉRATIONS GÉOLOGIQUES SUR l’ÔRIGINE DÛ ZAND-DILUV1UM,
fragments de quartz, en les frottant les uns contre les autres, certaine-ment c’est un résultat qui n’a pu se produire que pendant le coursde siècles innombrables. Il n’est pas nécessaire de nous élever aux astres,à leurs magnitudes incalculables, à leurs distances immensurables et à leursnombres incomptés, pour s’étonner et admirer. Ici, sur la terre, dans cesable si simple, il y a assez de miracles. Songez au nombre de grainsde sable renfermé dans une seule dune, et puis à celui de toutes lesdunes de cette côte large et étendue, sans parler des innombrablesgrains de sable dans les déserts de l’Arabie, de l’Afrique , de la Prusse,ah ! cela suffit à confondre la fantaisie la plus exagérée ! Combien detemps les vagues doivent avoir été soulevées et abaissées pour accumulerces vastes monts de grains de poussière !
„Pendant tout le temps que je passai sur ce rivage, je tenais toujoursun peu de sable dans mes doigts, le roulant et le frottant et l’exami-nant de tous côtés, tenant un petit grain brillant au bout du doigt,et songeant que peut-être dans ses arêtes, dans ses angles, dans toutesa configuration, il y avait probablement une histoire plus longue quecelle de la vieille nation germanique, même peut-être plus longue quecelle de la race humaine. Où s’était formé premièrement le cristal dequartz original, dont ce grain est un fragment? De quelle roche cohé-rente ce cristal formait une partie? duel pouvoir le détachait? Commentest-il broyé par les vagues, et comment est-il frappé de manière à de-venir un grain si petit? Pendant des millions de siècles les vagues lejetaient sur la plage et l’en arrachaient ensuite, elles le roulaient à pic,et le forçaient à faire des milliers de voyages journaliers, pendant desmillions de jours. Ensuite le vent le prenait et le poussait, et l’utilisaitpour en bâtir une dune. Là dedans il se reposait pendant des siècles,emballé avec ses semblables, protégeant les plaines fertiles, et chéri parles habitants. Mais enfin la mer persécutante le captivait de nouveau,il retombait dans l’eau, et voilà la danse infinie qui recommençait, etde nouveau il était poussé par le vent, et encore il trouvait le reposdans les dunes, la protection et la bénédiction de la côte. 11 y a quelquechose de mystérieux ' dans un tel grain de sable : ma fantaisie voyaitdans chaque grain une petite étincelle immortelle, présidant sa destinée,le préservant de destruction. Si nous pouvions armer notre œil d’un mi-croscope et puis plonger notre vue dans une de ces dunes, ce monticule,qui en effet n’est autre chose qu’un amas de petits blocs cristallins in-nombrables, nous frapperait comme l’édifice le plus merveilleux de laterre. Les rayons du soleil passeraient, en les illuminant, par tous cespetits corps cristallins. Nous verrions la forme particulière de chaque