150 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAL DUCROT.
contre la cavalerie ennemie encore nombreuse. Abd-eî-Kader courut certainement ce jour-là un très granddanger, et le général Yusuf put croire que, cette fois, ilne lui échapperait pas. En effet, on ne sait ce qui seraitarrivé si, au début du combat, deux escadrons de spahis,mal dirigés par leur chef, n’eussent pris le change. Lecommandant Desmaisons venait d’arriver en Afrique .Il avait toujours servi dans l’infanterie, et c’est commeofficier d’ordonnance du Roi que, en passant officier su-périeur, il avait été nommé dans les spahis. C’était unfort galant homme et un très brave officier, mais mon-tant médiocrement à cheval; il était, de plus, fortdérouté par un genre de guerre tout nouveau pour lui.Il avait donné dans une ruse arabe et s’était laissé en-traîner, malgré tout ce que ses officiers purent lui dire,à la poursuite d’un convoi qu’Abd-el-Kader avait en-voyé dans une direction tout autre que celle qu’il sui-vait lui-même.
Toutefois, le convoi lestement enlevé, l’erreur avaitété reconnue aussitôt, et les escadrons du commandantDesmaisons bientôt ramenés dans la bonne voie, dontle capitaine Ducrot ne s’était pas laissé détourner,avaient pu concourir à l’attaque principale dirigée contrele gros des forces ennemies. Mais ce court moment d’hé-sitation avait suffi pour permettre à Abd-el-Kader deprendre un peu d’avance, et ses meilleurs cavaliers, fai-sant bravement tète, lui avaient donné le temps de semettre en sécurité, en gagnant les collines rocheuses etabruptes qui terminaient la plaine où se passait l’action.