Band 
Tome premier.
Seite
364
JPEG-Download
 

364 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAL DUCROT.

civiles. Les Piémontais eux-mêmes sont loin d’être satis-faits : la Lombardie est sans doute un beau fleuronajouté à la couronne de la maison de Savoie ; mais elleespérait mieux. Le bruit courait hier que MM. de Ca-vour et de la Marmora avaient donné leur démission.Cela ne m’étonnerait pas, et le roi Victor-Emmanuel se trouverait dans un grand embarras. Il est fort possibleque, tôt ou tard, l’Autriche lui fasse payer cher cessuccès d’aujourd’hui. Autre embarras : que va-t-on fairedes bandes de Garibaldi et de cette armée toscane com-posée d’un tas de chenapans? Tant qu’il restera en Italie un soldat de l’armée française, personne n’osera bou-ger; mais, quand nous serons partis, les désordres et lesrévolutions pourront bien recommencer... Nous n’avonsaucune nouvelle du quartier impérial, nous ne savonspas encore si l’Empereur est parti; depuis trois joursnous sommes sans courriers.

Nous avons deux jours de marche d’ici à Bazzola etPiedana, nous y serons donc le 20. Il est bien possibleque je regrette la maison de mon bon curé et les bordsdu Mincio. La mauvaise chance n’aura pas abandonnénotre division un seul instant pendant toute cette cam-pagne. Je n’y penserai plus les jours où j’aurai le bonheurde t’avoir avec les enfants autour de moi; mais, en cemoment, je ne peux m’empêcher de pester quelquepeu.