302 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAL DUCROT.
— Comment, une bêtise! m’écriai-je.
— Oui, me répondit-il, nous occupons des positionsconnues, dont on parle dans les cours qu’on fait auxécoles militaires; nous y resterons, au lieu de nousreplier dans les défilés des Vosges , en face de forces sisupérieures. Déjà, on aurait voulu mettre ma division unpeu en avant; or, je n’ai environ que sept mille hommesde bonnes troupes, je serais mangé comme l’a été Douay,et, grâce au ciel, j’ai pu éviter ce désastre. Nos posi-tions, comme je vous l’ai dit, sont bonnes; avec trente-six mille hommes que nous avons, nous pourrions luttercontre quarante-cinq mille Prussiens; mais il y en aquatre-vingt mille et peut-être plus. Mon Dieu , notregauche est solidement appuyée, et je ne crois pas qu’ellesoit forcée; le centre aussi pourra résister, mais nousserons débordés par la droite, nous serons forcés ducôté de Morsbronn ; oh! oui, reprit le général, pourconclure, nous allons faire une grosse bêtise ! »
Un peu étonné et effrayé de cette déclaration, je luidis :
« — Mais, mon général, si vous êtes aussi certain dece qui va se passer, pourquoi ne le dites-vous pas aumaréchal?
— Le maréchal ! me répondit-il avec un sourire plein
d’amertume, je ne fais que lui répéter cela depuis cematin; mais, hélas! à tout ce que je lui dis, il ne merépond qu’un mot :.»
Les pages suivantes, extraites du journal du comte de Leusse,