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encore vu le feu, ou ä la ddfian'ce qu’inspiraient les chefs, ou ä desmalveillants qui criaient ä la trahison.
La Fayette, en arrivant äBouvines, apres avoir fait cinquantelieues en quelques jours et par de mauvais chemins, apprit les desastresde Valenciennes et de Lille; il vit que le but del’invasion etait manqu6,et il pensa avec raison qu’il n’y avait rien de mieux ä faire que d’ope-rer la retraite. Rochambeau se plaignait de la prdcipitation et du d4-cousu des mesures qui lui avaient ete prescrites de la maniere la plusabsolue. Comme il ne voulait pas rester une pUce passive, oblige dejouer au gre des ministres une partie dont il devait avoir la conduite,il donna sa demission. Depuis ce moment notre armee reprit la de-fensive. La frontiere ne fut plus divisee qu’en deux eommandementsgeneraux, dont Tun, confie äLaFayette, s’etendit de la mer aLongwy,et dont l’autre, de laMoselle au Jura, appartint äLuckner. La Fayettemit la gauche de son armee sous les ordres d’Arthur Dillon, et touchapar sa droite ä Luckner, qui eut Biron pour lieutenant sur le Rhin.C’est dans cet etat qu’on attendit les coalises.
Cependant les premiers echecs augmenterent la desunion desFeuillants 1 et des Girondins. Les göneraux en attribuerent la causeau plan de Dumouriez. Le ministere la rejetait sur la maniere dontl’avaient execute les generaux, qui tous, places par Narbonne, etaientdu parti constitutionnel. Les Jacobins accusaient, d’autre part, lescontre-revolutionnaires d’avoir occasionne la deroute par des cris desauve quipeut! Leur joie, qu’ils ne cachaient pas, leur esperauce devoir bientöt les eonfederes ä Paris, les emigres de retour et l’ancienregime retabli, confirmaient les soupgons. On crut que la cour, quiavait porte la garde soldee du roi de dix-huit Cents hommes ä six mille,et qui l’avait composee de contre-revolutionnaires choisis, etait d’accordavec la coalition. On denonga, sous le nom de comite autrichien, uncomitö secret, dont on ne put pas prouver l’existence. La defianceetait ä son comble.
L’assemblee prit sur-le-champ des mesures de parti: eile entraitdans la carriere de la guerre, et des lors eile etait condamnee ä regiersa conduite beaucoup moins d’apres la justice que d’apres le salutpublic. Elle se mit en permanenee; eile licencia la garde soldee duroi; le redoublement des troubles religieux lui fit porter un decretd’exileontre les pretres refractaires, afin de n’avoir pas en meine temps äcombattre une coalition et k apaiser des revoltes. Pour reparer lesdernieres defaites et avoir pros de la capitale une armee de röserve,eile adopta, le 8. juin, sur la proposition du ministre de la guerre Ser-van, la formation sous Paris d’un camp de vingt mille hommes tiresde$ departements. Elle chercha egalement a exalter les esprits par
1 Die Partei, welche das verfassungsmässige Königthum vertheidigte , und ihreVersammlungen in dem Kloster der Feuillants in Paris hielt.
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