Paul Loui« Courrier.
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qui exige bien plus de lectures; mais je gagnerai autre chose qui vautautant, selon moi, et que je n’ai guere l’envie de yous expliquer; carje ne finirais pas si je me laissais aller ä je ne sais quelle pente quime porte a parier de mes etudes. Je dois pourtant ajouter qu’il manqueä tout cela une chose dont la privation suffit presque pour en oter toutl’agrement a moi, qui sais ce que c’est; je veux parier de cette vietranquille que je menais aupres de vous. Babil de femmes, folies dejeunesse, qu’etes-vous en comparaison! Je puis dire ce qui en est, moiqui, connaissant l’un etl’autre, n’ai jamais regrette, dans mes momentsde tristesse, que le sourire de mes parents, pour me servir des ex-pressions d’un poete.
Lettre a M. N.
A Plaisance, le ... rnai 1804.
Nous venons de faire un empereur, et pour ma part je n’y ai pasnui. Yoici l’histoire. Ce matin, d’Anthouard nous assemble, et nousdit de quoi il s’agissait, mais bonnement, sans preambule ni peroraison.Un empereur ou la republique, lequel est le plus de votre gout? commeon dit, Roti ou bouilli, potage ou soupe, que voulez-vous? Saharanguefinie, nous voilä tous ä nous regarder, assis en rond. Messieurs, qu’opinez-vous? Pas le mot; personne n’ouvre la bouche. Cela dura unquart d’heure ou plus, et devenait embarrassant pour d’Anthouard etpour tout le monde, quand Maire, un jeune homme, un lieutenant quetu as pu voir, se leve, et dit: ß’il veut etre empereur, qu’il le soit;mais, pour en dire mon avis, je ne le trouve pas bon du tout. Expliquez-vous, dit le colonel; voulez-vous? ne voulez-vous pas? Je ne le veuxpas, repond Maire. A la bonne heure." Nouveau silence. On recom-mence ä s’observer les uns les autres, comme des gens qui se voientpour la premiere fois. Nous y serions encore, si je n’eusse pris laparole. Messieurs, dis-je, il me semble, sauf correction, que ceci nenous regarde pas. La nation veut un empereur, est-ce ä nous d’en de-liberer? Ce raisonnement parut si fort, si lumineux, si ad rem ... queveux-tu? j’entrainai l’assemblee. Jamais orateur n’eut un succes sicomplet. On se leve, on signe, on s’en va jouer au billard. Maire medisait: Ma foi, commandant, vous parlez comme Ciceron; mais pour-quoi voulez-vous donc tant qu’il soit empereur, je vous prie? Pour enfinir, et faire notre partie de billard. Fallait-il rester lä tout le jour?pourquoi, vous, ne le voulez-vous pas? Je ne sais, me dit-il, mais jele croyais fait pour quelque chose de mieux. Voilä le propos du lieu-tenant , que je ne trouve point tant sot. En efifet, que signifie, dis-moi. . .. un homme comme lui, Bonaparte, soldat, chef d’armee, lePremier capitaine du monde, vouloir qu’on l’appelle Majestä? Etre