VI PREFACE DES EDITEURS.
mérite de fidélité habile et de spirituelle bonhomie, le texte et les croquis que contientce volume.
En Suisse , il est d’usage assez général que les pensionnats mettent à profit les se-maines de vacances pour faire une tournée dans les cantons, et ceux d’entre nous quiont visité cette belle contrée ont pu se trouver dans le cas de croiser, dans les gorges ousur les cols des Alpes , quelqu’une de ces joyeuses bandes d’adolescents, dont le vif en-train et la juvénile ardeur forment un passager mais piquant contraste avec la mornesévérité des hautes solitudes alpestres. Toutefois il n'est pas d’un usage aussi généralen Suisse que l’instituteur qui est à la tête de cette troupe étourdie soit à la fois unécrivain distingué, un paysagiste plein de verve, et, chose peut-être plus rare encore,un homme pair et camarade de ses élèves en fait de gaieté habituelle, de facile conten-tement, de goût passionné pour cette vie fatigante, il est vrai, sujette à mécomptes età privations, mais aventureuse, variée, animée, et toujours fertile en amusements pourun esprit qui se trouve être à la fois naïvement curieux et finement observateur. Aussi,et pour le dire en passant, quelque léger que soit le fond des relations dont se composece volume, nous nous en lions parfaitement à la sagacité du lecteur pour reconnaître bien-tôt dans la façon dont ce fond est mis en œuvre, dans les portraits et les digressionsqui s’y rencontrent à chaque pas, dans l’accessoire, en un mot, plus encore que dansle principal, les signes d’un esprit qui est bien supérieur à la tâche qu’il s’impose, etqui, sur un tissu très-frêle, a tracé sans prétention comme sans dédain une broderieexcellente. Il y a plus, nous pensons que ces relations si remplies d’un intelligentamour des plaisirs sains, et empreintes d’un naturel si véritable et si rare, sont des-tinées à encourager et à propager, bien qu’à divers degrés, soit parmi la jeunesse, soitparmi les hommes faits, le goût des récréations instructives et mâles, et à faire ap-précier de mieux en mieux combien est salutaire ce double exercice des forces ducorps et des facultés de l’esprit, auquel les excursions pédestres, ou en partie pédes-tres, ouvrent une si heureuse carrière.
Au surplus, ces relations de voyages sont dues, texte et dessins, à la plume de l’au-teur des Nouvelles genevoises, M. Topffer de Genève , et l’on y retrouvera, outre lesagréments du style et le talent de description pittoresque qui distinguent ce recueil,l’idée prise sur nature de la plupart des sujets ou des personnages qui y figurent.C’est, en effet, en pratiquant la Suisse , c’est en y dessinant et en y croquant chaqueannée sites et gens, que l’auteur des Nouvelles genevoises s’y est approprié ce colorisdont la fraîcheur et la vérité ont trouvé un si bon accueil auprès de notre public, un peulas d’impressions travaillées et de souvenirs inventés. Ici les impressions sont simples,mais sincères ; les souvenirs peu éclatants, mais tout vivants de réalité ; et là où le textese prête moins heureusement à les reproduire, un croquis lui vient en aide et les fixe.
Quelques mots maintenant sur l’édition originale qui nous a servi de modèle. Bienavant que le goût et les procédés des livres illustrés se fussent répandus et développés,en 1832-déjà, M. Topffer , désireux de pouvoir distribuer à ses compagnons devoyages ces relations ornées de croquis, s’était trouvé dans l’autographie un moyende résoudre le problème; en sorte que, chaque année, après avoir tracé texte et des-sins sur un papier préparé, il laissait ensuite au lithographe le soin de décalquer letout sur la pierre, et d’en tirer le petit nombre d’exemplaires qui suffisait à une pu-