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Voyages en zigzag ou excursions d'un pensionnat en vacances dans les cantons suisses et sur le revers italien des alpes / par R. Topffer; illustrés d'après des dessins de l'auteur et ornés de 15 grands dessins par M. Calame
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32 VOYAGES EN ZIGZAG.

dun cicérone. Le leur est vêtu dun habit dordonnance couleur cramoisi. C'est lebourreau qui conduit ses victimes.

Cohendet veut nous mener voir les collèges dAoste , cest son idée. Nous, collège,très-peu curieux que nous sommes de hanter les classes, nous voulons quon nous con-duise à la tour du Lépreux. Cohendet cède, et il continue ses dissertations sur les Sa-lasses, dont il se forme la plus fabuleuse idée : on voit quil sest rafraîchi en arri-vant, et que lœil nest déjà plus si net. 11 passe ensuite à lhistoire du lépreux, quilconte à Bryan. Bryan, qui prononce Limpresse, et qui samuse à ny rien compren-dre, rétorque, embrouille, entortille, et, du tout, compose une histoire nouvelle ; cest àne sy plus reconnaître, en sorte que Cohendet y voit toujours plus trouble.

Les gens qui montrent la tour du Lépreux affirment tant quon veut, sur lautoritéde M. de Maistre, que son lépreux a vécu, et ils citent en preuve les localités quisont toujours les mêmes, ainsi quon prouverait que Bomulus a teté une louve, parceque Borne est toujours sur le Tibre . Par un désir bien naturel, chacun voudrait ap-prendre que lhistoire est vraie... Elle lest suffisamment pour tous ceux qui croientque dans les œuvres de génie la vérité peut se rencontrer indépendamment de la réa-lité; pour tous ceux qui, lisant lopuscule, sentent en leur cœur que tels ont pu être,que tels ont être, dans des situations analogues, la destinée et les sentiments deplusieurs de leurs semblables. Qui croit à la réalité de Paul et de Virginie? et qui necroit pas à leur candeur, à leurs amours, à tout cet ensemble de joie et de larmes, dedouceur et de désespoir, dont se compose lhistoire de ces deux enfants? Lécrivain etle peintre qui ne savent que copier la réalité quils voient, sont vrais sans charme etsans profondeur ; celui à qui son cœur et son génie révèlent ce que la réalité ne mon-tre pas toujours, ou ce quelle cache aux regards de la foule, celui- est vrai sans êtrevulgaire, profond sans cire recherché, et il ny a que les niais qui lui demandent, enpreuve de la justesse dimitation, lextrait mortuaire de ses personnages.

Il y a des livres qui mettent en scène des hommes et des faits réels ; la vérité yfrappe si peu, quon serait disposé à la leur contester. Il y a des livres qui mettent enscène des hommes et des faits qui nexistèrent jamais ; la vérité y frappe tellement,que l'on veut quils aient existé, que lon va voir dàge en âge les lieux auxquels lepeintre a attaché leur souvenir, que ces lieux deviennent célèbres à cause deux, et quedes générations entières, non pas sur la foi d'aucune autorité, mais sur le témoignagede leurs yeux qui ont lu, de leur esprit qui a saisi, de leur cœur qui a compris, viventet meurent convaincues de leur existence.

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