LE TOU K DU LAC.
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qui proposa samedi passé un petit tour du lac. La chose fut votée par acclamation ;M. le professeur M... se mit de la partie, et lundi matin nous étions en route. L’expé-dition a duré quatre jours : c’est à peine de quoi fournir à une relation, mais c’est as-sez pour que ce fût violer nos traditions que de n'en point faire. D’ailleurs, celui quiécrit ces lignes, menacé qu’il est de ne pouvoir bientôt plus dessiner les sites et illus-trer nos voyages, voudrait du moins ne renoncer à ce plaisir que lorsqu’il lui seradevenu impossible de le prendre; et aujourd’hui déjà ce n'est pas sans un sentimentmêlé de gratitude et de mélancolie qu’il se voit encore en état d’orner ees pages dequelques croquis bien humbles sans doute, mais toujours charmants à tracer.
Il y a, comme on sait, deux routes pour se rendre à Thonon ; toutes deux sontroyales, mais l'une, qui passe par Dovaine, est plate et sans ombrage ; l’autre, quiserpente le long des Voirons, est sinueuse, bordée de beaux arbres, solitaire commela contrée, riche en aspects variés et en sites délicieux. De plus, elle conduit aux Al-linges en passant devant les ruines de la Rochette, et cela seul nous la ferait préférerà l’autre ; car c'est le privilège du voyageur à pied que de se choisir ainsi sa route, etnous n’avons garde de ne pas faire usage de nos franchises.
Le temps est douteux, mais plus printanier encore que douteux. Ce sont de ces nuestranquilles qui forment un dôme ici transparent, là plus sombre, en telle sorte qu’onest disposé à jouir de ce que la pluie ne tombe pas, plus encore qu’on ne ferait end’autres moments de ce que le soleil brille. Il faut dire aussi qu’entre vingt-quatrevoyageurs nous n’avons qu’un seul parapluie, qui est le parasol de madame T...
A Carra, nous prenons sur la droite un sentier qui conduit à la grande route deSaint-Cergues. Nous voici hors du canton, dont on côtoie un moment la frontière. Agauche, c’est le bois de Jussy, qui, pour l’heure, est encore sans mystère; à droite, cesont ces ravins dont les pentes remontent jusqu’au plateau de N'eydan. Partout déjà,excepté sur la route, qui est bien tenue, se montre ce pittoresque délabrement, cetteindolence négligée qui fait de la Savoie un pays si calme, si peu changeant, si cheraux artistes; parce que la nature, qui n’y a point encore reçu cette belle éducation quel'industrie et le progrès savent lui donner ailleurs, y est encore parée de ses rustiquesatours. Les murs, au lieu d’être nets, y sont moussus et crevassés ; les baies y sontépineuses, luxuriantes, ici couvertes ou affaissées, là fourrées et impénétrables ; lesarbres y sont ce qu’ils veulent, tantôt fiers et vigoureux, allongeant d’énormes rameauxsur le liane du coteau qu'ils recouvrent, tantôt noueux et tourmentés, tantôt svelteset portant jusque dans la nue un élégant branchage : les mares y dorment devant leseuil des maisons, et les maisons elles-mêmes s'y laissent envahir par les herbages,par les mousses, par de jolies plantes qui, sans être jamais inquiétées, naissent, fleu-rissent et meurent dans les interstices de la muraille ou parmi la pourriture du chaume.Si notre nature, à nous, ressemble à une demoiselle qui sort de pension, riche de sa-voir et de bonnes habitudes, mais roide d'apprêt et étudiée de maintien, la nature deSavoie ressemble à une jeune fille qui sort du couvent, ignorante, étourdie, sansbonnes manières, mais charmante de naturel, d’abandon, et du piquant attrait de scsgrâces natives.
Dès Saint-Cergues ce changement se fait remarquer. Dès Saint-Cergues aussi un ap-pétit furieux nous fait soupirer après lions, lieu fixé pour le déjeuner. A Màchilly