Buch 
Voyages en zigzag ou excursions d'un pensionnat en vacances dans les cantons suisses et sur le revers italien des alpes / par R. Topffer; illustrés d'après des dessins de l'auteur et ornés de 15 grands dessins par M. Calame
Entstehung
Seite
291
JPEG-Download
 

VOYAGE A VENISE .

2'J I

Nous entrons dans le cabaret pour y déjeuner. Les vivres y sont rares, le servicetriste et les maîtres disgracieux ; on dirait que nous nen pouvons mais de ce que leurroute sarrête. Les prix aussi sont disgracieux au Sepey, mais lhôtesse nous endonne la raison : « Ne paye-t-on pas, dit-elle, nonante-neuf louis damodiation àla commune? Croyez-vous donc que c'est rien, une amodiation de nonante-neuflouis? » Cest donc lamodiation que nous payons, et non pas le déjeuner, commenous étions dabord portes à nous limaginer.

Au delà du Sepey, il ny a plus que des sentiers qui sentre-croisent, sans compterun brouillamini dOrmond dessus et dOrmond dessous. En conséquence, nous prionslhôtesse de nous fournir un guide ; elle nous fournit son fils, jeune homme dune grandeespérance, mais qui nous demande, par lorgane de sa mère, un prix qui sent dune lieuelamodiation. On lui offre trois francs pour venir nous mettre sur le revers de la mon-tagne. Le drôle ne veut pas de nos trois francs, et voilà que nous partons sans trop savoirpour quel Ormond. Par bonheur, un gros homme,qui dune chambre haute nous regarde passer, semet en devoir de nous tirer dembarras, lorsquelui-même vient à sembarrasser dans sa fenêtretrop étroite, et y demeure pincé par la panse,absolument incapable dexpectorer la moindre in-dication d'un sentier quelconque. Ainsi nous che-minons à l'aventure, jusquà ce que nous noustrouvions bientôt engagés dans lOrmond dessus,dont de bonnes femmes nous dégagent pour nous ;remettre sur lOrmond dessous, auquel nous nous :efforçons de nous consacrer désormais tout entiers, iCest plus aisé une fois que nous avons atteint la îCombaz, trois autres maisons qui forment le der-jnier village quon rencontre sur ce revers. Chosedrôle! il y a un pavillon chinois, une haie degroseilles, et un monsieur assis sur une vraie chaise, qui lit dans un vrai livre; nousnen revenons pas.

Du reste, cette vallée, à partir dAigle, est de médiocre beauté : point de grandeur,peu pittoresque ; et au delà de la Combaz, sur le sommet du passage, une uniformitédaspect incomparable. C'est le premier endroit qui se soit rencontré dans nos voyages M. Topffer nait su voir ni le rudiment d'un site, ni lapparence de quelque choseà croquer. Deux pentes vertes, des chalets échelonnés, voilà tout. Dailleurs, ce si-lence des solitudes, cet air des montagnes, ce parfum des pâturages qui ne se croquepas, mais qui restaure. Et puis le merveilleux, le drôle de l'endroit, c'est quand nousvenons à songer pourquoi nous y sommes. En ell'et. qui donc imagina jamais, voulantaller à Venise , de prendre par Ormond dessous? Vraiment, nous courons risque depasser pour des fous, si I on ne nous permet un petit mot d'explication.

Souvenez-vous, lecteurs, que nous nous dirigeons sur le Tyrol ; souvenez-vous enmême temps que nous voulons y arriver tout à la fois sur nos jambes, par les monta-gnes, et sans passer par le Simplon, que nous nous réservons pour le retour ; puis, in-