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Nous entrons dans le cabaret pour y déjeuner. Les vivres y sont rares, le servicetriste et les maîtres disgracieux ; on dirait que nous n’en pouvons mais de ce que leurroute s’arrête là. Les prix aussi sont disgracieux au Sepey, mais l’hôtesse nous endonne la raison : « Ne paye-t-on pas, dit-elle, nonante-neuf louis d’amodiation àla commune? Croyez-vous donc que c'est rien, une amodiation de nonante-neuflouis? » C’est donc l’amodiation que nous payons, et non pas le déjeuner, commenous étions d’abord portes à nous l’imaginer.
Au delà du Sepey, il n’y a plus que des sentiers qui s’entre-croisent, sans compterun brouillamini d’Ormond dessus et d’Ormond dessous. En conséquence, nous prionsl’hôtesse de nous fournir un guide ; elle nous fournit son fils, jeune homme d’une grandeespérance, mais qui nous demande, par l’organe de sa mère, un prix qui sent d’une lieuel’amodiation. On lui offre trois francs pour venir nous mettre sur le revers de la mon-tagne. Le drôle ne veut pas de nos trois francs, et voilà que nous partons sans trop savoirpour quel Ormond. Par bonheur, un gros homme,qui d’une chambre haute nous regarde passer, semet en devoir de nous tirer d’embarras, lorsquelui-même vient à s’embarrasser dans sa fenêtretrop étroite, et y demeure pincé par la panse,absolument incapable d’expectorer la moindre in-dication d'un sentier quelconque. Ainsi nous che-minons à l'aventure, jusqu’à ce que nous noustrouvions bientôt engagés dans l’Ormond dessus,dont de bonnes femmes nous dégagent pour nous ;remettre sur l’Ormond dessous, auquel nous nous :efforçons de nous consacrer désormais tout entiers, iC’est plus aisé une fois que nous avons atteint la îCombaz, trois autres maisons qui forment le der-jnier village qu’on rencontre sur ce revers. Chosedrôle! il y a là un pavillon chinois, une haie degroseilles, et un monsieur assis sur une vraie chaise, qui lit dans un vrai livre; nousn’en revenons pas.
Du reste, cette vallée, à partir d’Aigle, est de médiocre beauté : point de grandeur,peu pittoresque ; et au delà de la Combaz, sur le sommet du passage, une uniformitéd’aspect incomparable. C'est le premier endroit qui se soit rencontré dans nos voyagesoù M. Topffer n’ait su voir ni le rudiment d'un site, ni l’apparence de quelque choseà croquer. Deux pentes vertes, des chalets échelonnés, voilà tout. D’ailleurs, ce si-lence des solitudes, cet air des montagnes, ce parfum des pâturages qui ne se croquepas, mais qui restaure. Et puis le merveilleux, le drôle de l'endroit, c'est quand nousvenons à songer pourquoi nous y sommes. En ell'et. qui donc imagina jamais, voulantaller à Venise , de prendre par Ormond dessous? Vraiment, nous courons risque depasser pour des fous, si I on ne nous permet un petit mot d'explication.
Souvenez-vous, lecteurs, que nous nous dirigeons sur le Tyrol ; souvenez-vous enmême temps que nous voulons y arriver tout à la fois sur nos jambes, par les monta-gnes, et sans passer par le Simplon, que nous nous réservons pour le retour ; puis, in-