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VOYAGES EN ZIGZAG.
tumulte s’élève de ces profondeurs, des vapeurs limpides remontées jusqu’à la lumièrescintillent aux rayons du soleil, et vont porter aux herbages d’alentour le bienfait d’uneéternelle rosée. Nul ne peut assister à ce spectacle de sang-froid ; et un homme quin’aurait jamais reçu l’impression du sublime, c’est là qu’il faudrait l’amener. Du reste,si l’endroit est bien fait pour donner des vertiges, le pont est d'ailleurs étroit, mauvais,tremblant, et l’on paierait de sa vie la moindre maladresse, ou encore la moindre té-mérité. Aussi M. Topffer invente-t-il tout exprès pour ce pont-là un plan-modèled’opérations. Le guide et lui occupent la tête du pont, M. Moynier commande à terreet fait garder les rangs ; madame T. amène quatre par quatre, et tout se passe sansmal ni douleur, grâce à Dieu .
Après cette expédition, nous quittons la Handeck. Le ciel s’est chargé de lourdesnuées; des gouttes égarées tachètent ci et là les blocs épars, et le vent, exclu des hau-teurs, s’est rabattu sur cette vallée de pierres, où il trouve à peine quelques herbes àployer. C’est là, à notre avis, un très-beau temps pour achever la montée du Grimsel .Tant de tristesse et de solitude autour de soi provoquent une sorte d’émotion. Cet hos-pice vers lequel on tend se peint au cœur comme un bienfaisant refuge. L’on se réjouit,une fois abrité, d’y entendre la tempête se déchaîner sur ces déserts, et frapper de ton-nerres redoublés ees cimes chauves. En attendant, voici déjà, tout près de nous, despentes couvertes de rhododendrons qui étalent au souffle du glacier et sous ce ciel in-grat leurs fleurs purpurines. Plus loin, nous franchissons cette petite plaine où, sur-pris il y a quelques années par la tourmente, nous nous perdîmes de vue et nous per-dîmes aussi le sentier. Enfin, par un escalier taillé dans les rochers, nous nous élevonsjusque sur le petit plateau où se cache l’hospice. A peine en avons-nous franchi leseuil, que l’orage éclate et la pluie tombe par torrents.
L'hospice du Grimsel est une maison chétive ; il le parait surtout à ceux qui ont prisau Saint-Bernard leur type d’hospice. Les abords en sont boueux, des pourceaux fontles honneurs du seuil, et intérieurement tout est d’une simplicité nue et sans comfort ;mais l’hospitalité ( payée d’ailleurs ) s’y exerce avec bonne grâce ; mouillé, gelé ousouffrant, il vaut mieux arriver là que dans tel magnifique hôtel. Le papa Zippach,fermier de l’hospice, est un gros homme qui donne de l’air aux figures d’anciensSuisses que l’on voit dans les almanachs et sur les vitraux : épaisse crinière, largemâchoire, dos conforme, et mollets qui font plaisir à voir. Vogel de Zurich en donnede cette sorte à Tell et aux hommes de Morgarten : mollets gros et musclés, mol-lets d r un pourtour cossu, mollets Farnèse, mollets antiques, rassurants, bonhom-mes, loyaux, primitifs, bourgmestres; mollets alpestres, assortis à une grande nature,et granitiques suffisamment. Pour nous, nous ne saurions nous ennuyer tout à faitnulle part, si seulement une paire de mollets de cette sorte va, vient, se pose ou sepromène autour de nous; ça tient compagnie. Ce papa Zippach nous installe, enallemand , bien entendu, car, comme les montagnards de vraie race, il n’entend quesa langue, et vous lui diriez oui, qu’il irait chercher un interprète pour lui traduire lapériode.
La maison est remplie, surtout la salle à manger, où se tient toute la maison. NotreAlsacien y est, notre marquis aussi ; plus un Français qui a une fluxion, plus un mé-nage genevois, plus un poète à cheveux pleureurs, plus trois gigues irlandaises qui