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Voyages en zigzag ou excursions d'un pensionnat en vacances dans les cantons suisses et sur le revers italien des alpes / par R. Topffer; illustrés d'après des dessins de l'auteur et ornés de 15 grands dessins par M. Calame
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VOYAGES EN ZIGZAG.

tumulte sélève de ces profondeurs, des vapeurs limpides remontées jusquà la lumièrescintillent aux rayons du soleil, et vont porter aux herbages dalentour le bienfait duneéternelle rosée. Nul ne peut assister à ce spectacle de sang-froid ; et un homme quinaurait jamais reçu limpression du sublime, cest quil faudrait lamener. Du reste,si lendroit est bien fait pour donner des vertiges, le pont est d'ailleurs étroit, mauvais,tremblant, et lon paierait de sa vie la moindre maladresse, ou encore la moindre té-mérité. Aussi M. Topffer invente-t-il tout exprès pour ce pont- un plan-modèledopérations. Le guide et lui occupent la tête du pont, M. Moynier commande à terreet fait garder les rangs ; madame T. amène quatre par quatre, et tout se passe sansmal ni douleur, grâce à Dieu .

Après cette expédition, nous quittons la Handeck. Le ciel sest chargé de lourdesnuées; des gouttes égarées tachètent ci et les blocs épars, et le vent, exclu des hau-teurs, sest rabattu sur cette vallée de pierres, il trouve à peine quelques herbes àployer. Cest, à notre avis, un très-beau temps pour achever la montée du Grimsel .Tant de tristesse et de solitude autour de soi provoquent une sorte démotion. Cet hos-pice vers lequel on tend se peint au cœur comme un bienfaisant refuge. Lon se réjouit,une fois abrité, dy entendre la tempête se déchaîner sur ces déserts, et frapper de ton-nerres redoublés ees cimes chauves. En attendant, voici déjà, tout près de nous, despentes couvertes de rhododendrons qui étalent au souffle du glacier et sous ce ciel in-grat leurs fleurs purpurines. Plus loin, nous franchissons cette petite plaine, sur-pris il y a quelques années par la tourmente, nous nous perdîmes de vue et nous per-dîmes aussi le sentier. Enfin, par un escalier taillé dans les rochers, nous nous élevonsjusque sur le petit plateau se cache lhospice. A peine en avons-nous franchi leseuil, que lorage éclate et la pluie tombe par torrents.

L'hospice du Grimsel est une maison chétive ; il le parait surtout à ceux qui ont prisau Saint-Bernard leur type dhospice. Les abords en sont boueux, des pourceaux fontles honneurs du seuil, et intérieurement tout est dune simplicité nue et sans comfort ;mais lhospitalité ( payée dailleurs ) sy exerce avec bonne grâce ; mouillé, gelé ousouffrant, il vaut mieux arriver que dans tel magnifique hôtel. Le papa Zippach,fermier de lhospice, est un gros homme qui donne de lair aux figures danciensSuisses que lon voit dans les almanachs et sur les vitraux : épaisse crinière, largemâchoire, dos conforme, et mollets qui font plaisir à voir. Vogel de Zurich en donnede cette sorte à Tell et aux hommes de Morgarten : mollets gros et musclés, mol-lets d r un pourtour cossu, mollets Farnèse, mollets antiques, rassurants, bonhom-mes, loyaux, primitifs, bourgmestres; mollets alpestres, assortis à une grande nature,et granitiques suffisamment. Pour nous, nous ne saurions nous ennuyer tout à faitnulle part, si seulement une paire de mollets de cette sorte va, vient, se pose ou sepromène autour de nous; ça tient compagnie. Ce papa Zippach nous installe, enallemand , bien entendu, car, comme les montagnards de vraie race, il nentend quesa langue, et vous lui diriez oui, quil irait chercher un interprète pour lui traduire lapériode.

La maison est remplie, surtout la salle à manger, se tient toute la maison. NotreAlsacien y est, notre marquis aussi ; plus un Français qui a une fluxion, plus un mé-nage genevois, plus un poète à cheveux pleureurs, plus trois gigues irlandaises qui