ÉMILE JAVELLE
XV
sonne ne le savait mieux que Javelle. Il mettait àprofit ces occasions pour semer des idées, pour ou-vrir aux intelligences des jours inattendus. Il excellaitdans cet art. Aussi son influence ne tardait-elle pasà être grande sur ceux qui le suivaient dans ses pro-menades. Les compagnons devenaient des disciples.On s’initiait ensemble à des vues nouvelles, à de nou-velles manières de penser. Certains parents ont putrouver que cela allait un peu loin; mais, dans lagrande majorité des cas, cette influence ne s’est exer-cée que pour le bien de ceux qui l’ont subie.
Ainsi s’étendait le cercle de ses travaux et de sonaction. Il y avait progrès dans tous les sens. Deuxincidents rompent seuls l’uniformité de cette marcheen avant. Après dix-huit mois de séjour à Vevey , Ja-velle quitta la pension Gloor, pour remplir des fonc-tions analogues à Lausanne , chez M. Béraneck; puis,en 1874, il retourna à Vevey pour y enseigner en-core la langue et la littérature françaises, mais cettefois au collège de la ville.
Les premiers temps qu’il passa à Vevey , au sortirde la pension Béraneck, furent peut-être les plus heu-reux de sa vie. Il y jouissait de l’indépendance, dansune position d’homme fait, et d’une considération quine devait pas cesser de grandir. « Depuis le jour oùont été écrites les lignes qui précèdent, dit-il dansun post-scriptum au Curriculum vitœ, j’ai passé plusde deux années à Vevey , deux années bien remplieset, je puis dire, heureuses, grâce à la bienveillance