XLIV
ÉMILE JAVELLE
son capital, c’est-à-dire à tirer, pour son ami, le plusde jouissances possible de la somme dont il lui attri-buait la moitié. Il était généreux avec industrie. Il sa-vait voyager à bon marché, et, dans les Alpes dumoins, il le pouvait mieux qu’un autre. Les guides,voyant qu’il y avait tout profit pour eux, honneur etrecommandation, à accompagner Emile Javelle , luifaisaient des conditions de faveur. Javelle les acceptaitsans façon ; il les eût demandées, au besoin ; mais, enchemin, le guide devenait un ami, et il était tout sur-pris, quand venait le premier janvier, de recevoir,avec un charmant billet, une étrenne non moinscharmante. « M. Javelle ne m’a jamais oublié au nou-vel-an, » me disait encore l’un d’eux il n’y a pas long-temps.
Malheureusement, sa santé ne tarda pas à devenir,pour ses amis, un sujet de vives inquiétudes, d’autantplus vives qu’il leur était plus cher. Des vaisseauxrompus, dans la poitrine, avaient donné lieu àdes crises très graves. Il s’était remis de la pre-mière, comme par miracle, et avait paru plus fortaprès qu’avant. « Il en a fini avec les ascensions, »disaient les docteurs; il en fit plus que jamais. Quel-ques années plus tard, il eut une rechute, dont il seremit encore. Puis des symptômes généraux, peu ras-surants, prouvèrent que sa constitution avait reçu unébranlement. Les nerfs étaient dans un état d’excita-tion fréquente, la digestion se faisait mal, le jeu de larespiration lui coûtait parfois quelque effort. C’eût été