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Souvenirs d'un alpiniste / par E. Javelle ; notice biograph. et littér. par Eugène Rambert
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ENCORE LE CERVIN

suit presque toujours larête occidentale et ne senéloigne que très peu ; aussi permet-il au regard dem-brasser souvent les deux versants de la montagne, ouplutôt les deux précipices que domine le colosse.Lautre sengage sur le flanc S.-O. par une série decouloirs et ne rejoint larête que très haut. Ne layantpas suivi, je le connais dailleurs fort peu. Il doit êtresensiblement plus court, peut-être plus facile, maisassurément beaucoup moins intéressant et bien plusexposé aux chutes de pierres.

Par tous les deux on aboutit au Refuge, situé surune sorte de névé neigeux appelé la Cravate. En cetendroit, on a profité dune excavation naturelle sousun banc de rocher, et, à laide dun mur en pierresèche, on a établi un excellent abri. Jamais pareil con-fort à une telle altitude. Comme celui du côté suisse ,cet abri mesure trois pas de long, six pas de large,mais il a environ neuf pieds dans sa plus grande hau-teur.

Une pelle et un pic que nous trouvâmes plantés endehors entre les pierres de la muraille, servent à dé-blayer la neige et la glace qui obstruent lentrée. Alintérieur, sétalent, suspendus à une corde afin que laneige ne puisse les atteindre, deux vastes peaux demouton, des couvertures, un matelas en caoutchouc,que lon gonfle à laide dun petit soufflet ad hoc. Enfin,divers ustensiles de table et de cuisine. On le voit, leClub italien fait très bien les choses.

Une fois la porte fermée, le matelas gonflé, les peauxet les couvertures étendues, on est délicieusement seulà 13 000 pieds, se sentant suspendu en toute sécuritéau dessus daffreux précipices. Affreux soit dit, sansaucune hyperbole. Au dehors, un vent sauvage mugit