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HUIT JOURS
bien fait au cœur ce site grave, vert et tranquille >auprès des neiges éternelles, au pied des grandsmonts silencieux !
Il y a ici deux autres voyageurs, vous ai-je dit.A souper, j’ai fait leur connaissance. L’un est unAnglais , M. T., bel homme, comme ils le sonttous, membre de Y Alpine Club , grand escaladeurde hautes cimes ; d’ailleurs nullement excentrique,ni même rogue ou taciturne, ainsi que tant de sescompatriotes, mais au contraire, aimable causeur,parlant le français avec beaucoup d’aisance. Il estprofesseur à Cambridge, c’est-à-dire homme sa-vant et distingué. L’autre, M. de C., est un Fran çais , homme du meilleur monde et qui, ses rentesaidant, court l’Europe , visitant les monuments, lesmusées, les gens de lettres, les savants, s’intéres-sant à toutes choses, art, science, nature, hormisà la politique qui a failli lui attirer des malheurs.Homme fortuné, vraiment, car il passe sa vie àdonner fête à ses yeux et nourriture à son intelli-gence. De plan de voyage, il n’en a point. Il vapar monts et vaux, au hasard des paysages : il seplaît ici, il y reste jusqu’à ce que le vent de sesdésirs le conduise ailleurs. Notre Anglais , au con-traire, s’est tracé méthodiquement, et exécute trèsfidèlement un itinéraire digne de ses jambes et desa fortune; et, tandis que des gens comme vous