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rocs. Enfin le vent d’est les prit sur ses ailes, eton les vit s’en aller un à un dans l’espace bleu.Tout en marchant, nos yeux les suivaient; cesbeaux nuages semblaient avoir une âme, une âmeheureuse et bonne ; leur vol dans l’azur était sitranquille et si doux.
D’un pas toujours égal et sans arrêt nous arri-vâmes jusqu’aux derniers gazons, à la région despierres nues et brisées, avant les neiges. Là, sousprétexte de géologie, mon compagnon réclamaun moment de repos. Les roches de cette partiede la montagne sont fort intéressantes, en effet,dans leur nature et dans leur position. Ce sontd’abord des quartzites gris, tachés de grandesplaques rouges, et comme rouillés, se dressant enrudes et massives arêtes, cassés par éclats francset énergiques. Puis des schistes chloriteux et tal-queux, bizarrement empilés ou tordus en feuilletsverdâtres, sombres, et aussi beaux à voir que glis-sants et détestables à gravir. Souvent ils hérissentles arêtes de lames droites, amincies, et tran-chantes comme des glaives. Les pentes sont re-couvertes de leurs minces débris, qui rendent sousles pas le même son que la vaisselle cassée. Quesont après tout ces vieilles roches, sinon d’an-ciennes argiles, cuites à l’immense fournaise sou-terraine ?