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Le citoyen Président. La parole est à M. Amable Dubois.
Le citoyen Amable Dalois. Messieurs, ce n’est pas sans un certain senti-ment d’hésitation que je viens prendre la parole contre le projet pré-senté par l’honorable ministre de l’agriculture. 11 m’a fallu la conscienced’une conviction profonde; il a fallu trouver mon avis appuyé par l’avispris auprès de personnes très-compétentes , pour me confirmer dans larésolution que j’avais prise.
Je viens donc repousser le projet, d’abord comme inopportun, vu l’étatde nos finances ; en second lieu, parce qu’il n’y a pas en France le personnelnécessaire pour créer ces écoles ; en troisième lieu, parce qu’on n’en retirerapas, selon moi, l’utilité qu’on en attend; enfin, parce qu’il y a d’autresmoyens pour amener promptement, efficacement, instantanément, degrandes ressources à l’agriculture.
Parlons d’abord de l’inopportunité. Il n’y a pas long-temps que M. leministre des finances vous présentait ici le budget de notre position finan-cière; il vous disait qu’après avoir présenté certains projets d’impôts nou-veaux, après avoir défalqué certaines non-valeurs sur les anciens impôts, sinous ne voulions pas tirer à vue sur sa caisse pour de nouvelles dépenses,il pourrait à peu près mettre les deux bouts ensemble. Eh bien ! depuisce temps quelle a été notre position ? D’une part, quelques-uns des impôtsnouveaux qui ont été présentés ont été rejetés; d’autres qui ont été pré-sentés depuis seront probablement admis avec des modifications telles quece qu’on attend de leurs revenus ne donnera pas, à beaucoup près, cequ’on avait compté; d’un autre côté, les impôts anciens ont été diminuéspour quelques-uns. Ainsi, vous avez diminué le droit de poste, ainsi onvient vous demander une diminution considérable sur l’impôt du sel, quepeut-être vous adopterez, beaucoup de non-valeurs arriveront au delà desprévisions du ministre.
Il faut dire, parce que c’est la vérité, que, dans nos campagnes, toutle monde en est à son dernier écu; l’impôt des 45 centimes se paye, maisvous avez encore l’impôt annuel, et vous aurez à décompter sur les valeursque vous en attendez. Les dépenses, d’un autre côté, ont augmenté d’unemanière considérable; vous avez voté, il y a quelques jours, 5o millionspour l’Algérie; on vous a présenté un projet de 90 millions pour les colo-nies, que la commission, si je suis bien informé, doit porter à 120 mil-lions.