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avoir besoin d’espace autour d’elles, le Combin, puis leVélan, qui s’abrite à son ombre, enfin le Mont Blanc , mo-narque souverain, qui lève sa tête altière au-dessus de touteune cour de hautes aiguilles humiliées devant lui. On nesait de quel côté l’effet de richesse est plus grand, et s’ily a plus de gloire dans la forêt do cimes auxquelles com-mande le Weisshorn ou dans ces coupoles solitaires qui,d’ébauche en ébauche, aboutissent au Moût Blanc. Le regardpasse des unes aux autres, et l’imagination vaincue recon-naît sa défaite. Si puissante qu’elle soit, la nature l’est plusencore, et ce qu’a fait la main de Dieu dépasse ce que rêve lapensée des hommes.
Les hautes sommités des Alpes de Bex sont les stations lesplus favorables qui existent pour embrasser l’ensemble decette vaste chaîne, et pour en bien juger le développement ver-tical. On est à la distance et à la hauteur voulues. On la voits’élancer des chaudes profondeurs du Valais ; aux premièrespentes brûlées par le soleil, succèdent les grandes forêts desapins ou de mélèses, puis les pâturages supérieurs, puis lesrocs stériles, puis les premières taches de neige, puis l’hiveréternel. On cherche quelque point saillant qui soit à niveau,on en trouve plus d’un, et l’on s’étonne de tout ce qu’il resteà monter encore pour atteindre, je ne dis pas aux cimes,mais seulement aux larges plateaux chargés de neiges, d'oùelles s’élancent vers le ciel. Les montagnes, nous l’avons dit,paraissent plus hautes lorsqu’on les voit ainsi d’un point d’oùil faut que le regard plonge pour en trouver la base et montepour en découvrir le sommet; cette impression atteint son