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la voûte d’un pont en pierres, à quelques pas de son extré-mité, dans la plaine où s’en déversent les eaux. Il n’estpas rare qu’à la mi-juillet cette ruine soit encore couverte deneige, ainsi que les restes de la chaussée pavée qui y conduit.On en tire des conclusions en faveur de l’idée assez répandueque les glaciers étaient plus reculés il y a deux ou troissiècles ; mais il est beaucoup plus probable que ce pont faisaitpartie de l’ancien chemin qui conduisait des villages de lavallée à la montagne de Derbon, et qui est devenu inutile de-puis l’établissement du Chemin Neuf par les gorges de la Lu-zerne. Faute de pouvoir aborder le pâturage par le bas, enremontant la vallée, on l’abordait par le haut, par un col trèsélevé, mais le seul possible, et comme le fond plat où se réu-nissent les eaux du glacier n’est qu’une fondrière, on prit lapeine de construire une étroite chaussée pour faciliter le pas-sage des troupeaux. Le glacier, d’ailleurs, pouvait parfaite-ment n’être qu’à quelques cents pas, comme il l’est aujour-d’hui. Enfin, l’on ne se douterait pas, en le traversant, qu’onpasse sur un tunnel ; c’est la vérité cependant, et ceux qui,dans quelques cents ans, en découvriront l’issue dans les pa-rois rocheuses qui dominent le pâturage de la Chamozentse,pourraient fort bien y voir une preuve de plus en faveur del’existence d’anciens pâturages aujourd’hui changés en gla-ciers. Le fait est que ce tunnel a été entrepris par les gens deSaillon , pour détourner les eaux du glacier au profit deleurs champs et de leurs vignes. Les Valaisans font de cestravaux. Nous l’avons vu percer; mais, si nous sommes bieninformé, cette hardie tentative a été couronnée de peu de suc-