UE FRÉDÉRIC II. 20 .’)
vie extérieure du prince royal semblait présager unrègne de plaisirs et de magnificence.
Mais telle pourtant ne devait point être l’opinionde ceux qui l’entouraient; car ce même prince, tou-jours levé d’assez bonne heure, ne recevait personnedans son appartement, et n’en sortait jamais avantmidi Seul pendant six ou sept heures, à quel emploiles consacrait-il donc? A ses doctes et nombreusescorrespondances, on l’a su depuis; au culte des Mu-ses, à des études historiques, à Hérodote, à Xénophon,à Tacite, Plutarque, Polybe, César, Quinte-Curce. Cesbeaux génies, ces splendides lumières du monde an-tique, enflammaient son ardente imagination, en luioffrant sans cesse des modèles d’héroïsme, de vertu,de grandeur d’âme.
Cette retraite à Rheinsberg fut donc dans la vie deFrédéric une époque décisive : livré aux heureusesinspirations de son riche naturel, loin des flatteurs,à l’abri de la corruption, il s’interrogea dans la soli-tude, et comprit sa force ainsi que ses devoirs.
Le prince jouissait pleinement d’une si douce vie,quand son père le rappela auprès de lui : un nouvelincendie menaçait l’Europe. Auguste II, électeur deSaxe, venait de mourir, au moment d’exécuter le projetqui l’occupait depuis son avènement au trône polonais :il ne s’agissait de rien moins que de rendre cette cou-ronne héréditaire dans sa famille, sauf à en démem-brer quelques provinces pour acheter le consentementdes puissances voisines.
1 Thiébault, Mes Souvenirs, elc.