Band 
Tome I.
Seite
217
JPEG-Download
 

DE FRÉDÉRIC II.

217

de nature à remplir l’attente paternelle. Au lieu de tou-cher le cœur de Frédéric, de longs et insipides sermonsrévoltaient sa raison ; l’intervention du Dieu d’intolé-rants théologiens dans les affaires de ce monde nes’accordait pas avec les idées qu’il s’était faites d’unÊtre-Suprême, bienfaiteur du genre humain, et clé-ment par-dessus tout. De bonne heure aussi, il avait vucombien d’hommes cachent les plus viles passions sousun masque hypocrite; être vertueux pour l’amour desoi-même, faire le bien sans espoir ou sans crainte del’avenir, devint donc sa loi souveraine, la règle inva-riable de sa vie 1 : il s’enrôlait dans le stoïcisme.

Voltaire, si désireux de soustraire son royal discipleà l’influence des croyances religieuses, n’apportait pasmoins de zèle à lui inculquer des idées morales, commes’il pouvait exister une morale sans la sanction reli-gieuse? Préparer au monde un roi philosophe était unede ses plus chères pensées.

(( La première chose dont je suis obligé de vous par-ler, lui écrivait-il le 20 mai 1738, c’est la manièredont vous pensez sur Machiavel. Comment ne seriez-vous pas ému de cette colère vertueuse où vous êtespresque contre moi de ce que j’ai loué le style d’unméchant homme? C’était aux Borgia, père et fils, et àtous les petits princes qui avaient besoin de crimespour s’élever, à étudier cette politique infernale. Il estd’un prince tel que vous de la détester. Cet art, que

1 Dohm, De.nkwnrdii/keitenmeincr Zcit^W. « Faits mémorables demon temps, etc. »