DE FRÉDÉRIC II.
219
mon fils ; ils né sont bons qu’à cela : j’en veux faire jus-tice. » Mais Frédéric, averti à propos* détournait l’o-rage, et rendait, pour quelques jours encore, la sécuritéà ses amis. J
Quand la goutte empêchait le Roi de sortir, il s’amu-sait à peindre, ayant soin d’inscrire sur chacun de sestableaux l’année, le mois, le jour où il l’avait achevé*et de plus ces mots : Fredericus-Wilhelmus in lormentispiiixit. Un pauvre peintre, père de famille, préparaitses couleurs, moyennant un florin par séance; c’étaitune véritable victime. Guillaume, qu’une digestionlaborieuse endormait assez régulièrement sur son ou-vrage, laissait quelquefois le pinceau errer du haut dela toile en bas, et y former les plus singulières figu-res. Furieux à son réveil, il attribuait ce malheur à lajalousie de son peintre, l’accusant de dénaturer ainsiSes chefs-d’œuvre pendant son sommeil ; et alors lescoups de pied, les coups de canne servaient abondam-ment la vengeance du monarque.
Tous ces tableaux étaient détestables; mais, parmiles courtisans, régnait une infatigable émulation deflatteries : c’était à qui surpasserait ses rivaux en té-moignages d’admiration. « Hé bien! dit un jour Guil-laume à l’un d’eux qui s’extasiait encore plus que lesautres, combien crois-tu qu’on vendrait ce tableau dansle commerce? —A cent ducats, Sire, il serait donnépour rien. — Tiens , prends-le; je te le donne pourcinquante; car tu es bon juge, et je veux t’obliger 1 . «
Thiébault, Mes Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin, etc.