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Tome I.
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DE FRÉDÉRIC II.

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toute la famille royale s’y associait avec enthousiasme, nso-

J J 1756

Plus d’une fois, en présence même du grand poète,ses tragédies furent représentées par les frères et sœursdu Roi : la Mort de César, Brutus, Mahomet, Catilina,étaient les pièces préférées ; prédilection remarquablede la part d’une telle assemblée. Dans ces occasions,Voltaire, professeur improvisé de déclamation, ensei-gnait tous les rôles, et, l’œil en feu, la voix tonnante,grondait, sans pitié, les dociles acteurs. Nul élève nefit autant d’honneur à son maître que le prince Henri.

Tant qu’aucun nuage ne troubla cette vie toute poé-tique, le palais de Sans-Souci sembla plutôt l’heureuxasile des Muses que la demeure d’un roi. Là s’agitaientles plus hautes questions de la morale, de la politique,de la littérature, des sciences et des arts : luttes bril-lantes entre les deux hommes les plus polis, les plusspirituels de leur temps. A ces doctes et joyeux sou-pers assistaient d’habitude Maupertuis, d'Argens *,

1 Après d’assez vifs égarements de jeunesse, déshérité par son père,procureur-général au parlement d’Aix, il vivait, en Hollande, du pro-duit de ses ouvrages. Ses Lettres juives, chinoises et cabalistiquesavaient paru, quand Frédéric, encore prince royal, voulut l’attirer àson service ; mais d’Argens refusa, alléguant qu’élant grand el'bienfait, il ne pouvait, sans de graves inconvénients pour sa liberté per-sonnelle, devenir le voisin de Frédéric-Guillaume et de son régimentdes gardes.

Plus tard, avec le titre de chambellan, le marquis devint le com-mensal, et quelquefois le plastron de Frédéric. Presque sexagénaire,il épousa une comédienne nommée Cochois, femme d’esprit, de sens,de mœurs irréprochables, et mourut en Provence, après avoir expié,par une manifestation chrétienne, des ouvrages animés malheureuse-ment d’un esprit tout opposé. Fré'lério lui fit élever un mausolée dans