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Tome I.
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DE FRÉDÉRIC II.

plus; sa voix, éteinte et entièrement étouffée, ne pou-vait plus prononcer les mots; et ce fut enfin au mi-lieu de sanglots dont il n’était plus le maître, qu’é-tendant son bras vers Thiébault, il lui remit le cahiersans pouvoir ajouter une seule parole. « Je pris cecahier, contemplant, avec respect et une sorte de con-solation, ce grand homme, accessible, comme tousles autres, aux affections les plus touchantes et lesplus chères à l’humanité 1 . »

Frédéric possédait, au suprême degré, l’heureuxtalent de parer un bienfait. Un colonel de sa suite,chargé d’une nombreuse famille, contracta des dettes.L’ayant trouvé un jour triste et pensif : « Vous êtestoujours chagrin, lui dit le Roi; qu’avez-vous? Entreamis, il faut se confier ses peines. » Et, sans lui don-ner le temps de répondre : « J’ai appris, ajoute-t-il,que vous deviez deux mille écus ; » il se tourne versune table, y prend quelques rouleaux de louis, et lesdonnant au colonel : « Tenez, dit-il, voilà de quoipayer vos dettes.;» puis, lui en donnant encore autant :« Et voici de quoi vous mettre en état de n’en plusfaire. »

Que de délicatesse dans cette lettre qu’il écrivit àmadame de Forcade, veuve d’un de ses généraux, etmère d’une nombreuse famille! « Je profite du premiermoment de ma convalescence pour vous faire connaîtrela part que je prends à la perte que vous avez éprou-

1 Thiébault, Mes souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin, elc.,tome I.

1753 -

1756