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Des climats et de l'influence qu'exercent les sols boisés et non boisés / par M. Becquerel
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nuits des tropiques, une température de 36 degrés, la température del’air ambiant n’étant que de 25°,8; ainsi le courant ascendant d’airchaud continuait donc encore pendant la nuit; le sol, recouvert deforêts, bien certainement ne possédait pas une température aussi éle-vée à raison du grand pouvoir rayonnant des arbres. On conçoit d’a-près cela quels seraient les effets du déboisement sous les tropiques.

Les savanes, suivant M. de Humboldt (t. lit, p. 195), s’échauffent,sous l’influence solaire, jbien moins que les sables du désert, mêmelorsque les herbes sont entièrement sèches. Il en est de même, à plusforte raison, des sols forestiers des tropiques.

Les plantes qui recouvrent les savanes, comme toutes les plantes, ontun pouvoir émissif très-grand, comme nous l’avons déjà dit; il en est demême des forêts. Voilà donc une cause de refroidissement de l’air sous lestropiques. Nous ajouterons que les arbres refroidissant les couches d’airen contact avec leurs cimes, ces couches d’air, refroidies à raison d’unedensité plus forte, descendent vers le sol, qui ne peut rayonner à causede l’ombrage qui le garantit; tandis que les graminées des savanesrestent plongées dans une atmosphère humide, lorsqu’à un mètre oudeux au-dessus, la température de l’air est encore de 26 à 27 degrés.

Les forêts agissent de trois manières comme causes frigorifiques.

1° Elles abritent le sol contre l’irradiation solaire et maintiennentune plus grande humidité;

2 ° Elles produisent une transpiration cutanée par les feuilles;

3“ Elles multiplient, par l’expansion des branches, les surfaces quise refroidissent par rayonnement.

Ces trois causes agissant avec plus ou moins d’influence, il faut doncavoir égard, dans l’étude de la climatologie d’un pays, au rapportde lasuperficie des forêts à la superficie dénudée et couverte d’herbes et degraminées.

On est porté à croire, à priori, d’après les considérations qui pré-cèdent, que le déboisement, augmentant la température et la séche-resse de l’air, doit réagir sur les climats. 11 est hors de doute que, si lesvastes déserts du Sahara venaient à être boisés dans la suite des siècles,les sables cesseraient de s’échauffer autant qu’à l’époque actuelle, oùla température moyenne est de 29 degrés; alors les courants ascen-dants d’air chaud cesseraient ou ue seraient pas aussi chauds, et necontribueraient pas, en s’abattant sous nos latitudes, à adoucir le cli-mat de la partie occidentale de l’Europe. Ainsi, le déboisement d’unevaste contrée peut réagir sur le climat des contrées qui en sont plusou moins éloignées.