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DE VILLERS-COTTERETS A LA FRONTIÈRE. 53

voyageurs pour déjeuner. Les verrières ont dû être bellesen effet; il en reste à l’abside quelques fragments triste-ment noyés dans de larges fenêtres de vitres blanches. Maisce qui est remarquable, c’est l’église elle-même, qui estdu quinzième siècle, et d’une jolie masse, avec des baiesà meneaux flamboyants et un charmant porche adossé auportail méridional. On a scellé sur deux piliers, à droite età gauche du chœur, deux bas-reliefs du temps de Charles VIII ,malheureusement barbouillés de chaux et mutilés. Toutel’église est badigeonnée en jaune avec nervures et clefsde voûte de couleurs variées. C’est fort bête et fort laid.En me promenant dans le bas côté nord de l’abside, j’aiaperçu sur le mur une inscription qui rappelle que Mé-ziôres fut cruellement assaillie et bombardée par lesprussiens en 1815. Au-dessous de l’inscription on a ajoutéces deux lignes en latin quelconque : Lector, leva oculosad fornicem et vide quasi quoddam divinœ manus indicium.J’ai levé les yeux ad fornicem, et j’ai vu une large déchi-rure à la voûte au-dessus de ma tête. Dans cette déchi-rure, une grosse bombe se tient suspendue à dos sailliesde la pierre par ses oreillons, que je distinguai parfaite-ment. C’est une bombe prussienne, qui, après avoir percéle toit de l’église, les charpentes et les massifs de ma-çonnerie, s’est arrêtée ainsi comme par miracle au mo-ment de tomber sur le pavé. Depuis vingt-cinq ans, elleest restée là comme Dieu l’y a accrochée. Autour de labombe, on voit pêle-mêle des briques brisées, des moellons,des plâtras, les entrailles de la voûte. Cette bombe et cetteplaie béante au-dessus de la tête des passants font unétrange effet. L’effet est plus singulier encore, par tousles rapprochements qui viennent à l’esprit, quand on songeque c’est précisément sur Mézières que furent jetéesen 1521 les premières bombes dont la guerre se soit servie.De l’autre côté de l’église, une autre inscription constateque les noces de Charles IX avec Élisabeth d’Autrichefurent « heureusement célébrées », féliciter célébra tivfuere, dans l’église de Mézières, le J 7 novembre 1570, —deux ans avant la Saint-Barthélemy .

Le grand portail est justement de cette même époque,et par conséquent d’un beau et noble goût. Par malheur,