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vue autour de soi: on pourrait se croire en pleine Deauce,quand tout à coup le sol se crevasse affreusement à quel-ques pas à gauche. De la route, l’œil plonge au bas d’uneeffrayante roche verticale le long de laquelle la végéta-tion seule peut grimper. C’est un brusque et horrible préci-pice de deux ou trois cents pieds de profondeur. Au fondde ce précipice, dans l'ombre, à travers les broussaillesdu bord, on aperçoit la Meuse avec quelque galiote quivoyage paisiblement remorquée par des chevaux, et aubord de la rivière un joli châtelet rococo qui a l’air d’unepâtisserie maniérée ou d’une pendule du temps de Louis XV ,avec son bassin lilliputien et son jardinet Pompadour, donton embrasse toutes les volutes, toutes les fantaisies ettoutes les grimaces d’un coup d’œil. Rien de plus singulierque cette petite chinoiserie dans cette grande nature. Ondirait une protestation criarde du mauvais goût de l’hommecontre la poésie sublime de Dieu .
Puis on s’écarte du gouffre, et la plaine recommence,car le ravin de la Meuse coupe ce plateau à vif et à pic,comme une ornière coupe un champ.
Un quart de lieue plus loin on enraie ; la route varejoindre la rivière par une pente escarpée. Cette foisl’abîme est charmant. C’est un tohu-bohu de fleurs et debeaux arbres éclairés par le ciel rayonnant du matin. Desvergers entourés de haies vives montent et descendentpêle-mêle des deux côtés du chemin. La Meuse , étroite etverte, coule à gauche profondément encaissée dans undouble escarpement. Un pont se présente; une autrerivière, plus petite et plus ravissante encore, vient sejeterdans la Meuse , c’est la Lesse ; et à trois lieues, dans cettegorge qui s’ouvre à droite, est la fameuse grotte deIlan-sur-Lesse. La voiture passe outre et s’éloigne. Lebruit des moulins à eau de la Lesse se perd dans la mon-tagne. La rive gauche de la Meuse s’abaisse, gracieusementourlée d’un cordon non interrompu de métairies et devillages ; la rive droite grandit et s’élève ; le mur de rochersenvahit et rétrécit la route; les ronces du bord frissonnentdans le vent et dans le soleil, à deux cents pieds au-dessusde nos têtes. Tout à coup un rocher pyramidal, aiguisé ethardi comme une flèche de cathédrale, apparaît à un