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battaient les routes, imposaient des péages, rançonnaientles marchands, qu’ils vinssent de Saint-Gall ou de Dussel-dorf, barraient le Rhin avec leur chaîne et envoyaientfièrement des cartels aux villes voisines quand elles sehasardaient à leur faire affront. C’est ainsi que le bur-grave d’Ockenfels provoqua la grosse commune de Linz ,et le chevalier Ilausner du Ilegau la ville impériale deKaufbeuern. Quelquefois, dans ces étranges duels, lesvilles, ne se sentant pas assez fortes, avaient peur etdemandaient secours à l’empereur; alors le burgraveéclatait de rire, et, à la prochaine fête patronale, il allaitinsolemment au tournoi de la ville, monté sur l’âne deson meunier. Pendant les effroyables guerres d’Adolphede Nassau et de Didier d’isembourg, plusieurs de ceschevaliers qui avaient leurs forteresses dans le Taunus poussèrent l’audace jusqu’à aller piller un des faubourgsde Mayence sous les yeux mêmes des deux prétendants quise disputaient la ville. C’était leur façon d’être neutres. Leburgrave n’était ni pour Isembourg ni pour Nassau ; ilétait pour le burgrave. Ce n’est que sous Maximilien, quandle grand capitaine du saint-empire, George de Frundsberg,eut détruit le dernier des burgs, Hohenkraehen, qu’expiracette redoutable espèce de gentilshommes sauvages quicommence au dixième siècle par les burgraves-héros etqui finit au seizième par les burgraves-brigands.
Mais les choses invisibles dont les résultats ne prennentcorps qu’après beaucoup d’années s’accomplissaient aussisur le Rhin , en même temps que le commerce, et sur lesmêmes bateaux, pour ainsi dire, l’esprit d’hérésie, d’exa-men et de liberté montait et descendait ce grand fleuve surlequel il semble que toute la pensée de l’humanité dûtpasser. On pourrait dire que l’âme de Tanquelin , qui audouzième siècle prêchait contre le pape devant la cathé-drale d’Anvers , escorté de trois mille sectaires armés, avecla pompe et l’équipage d’un roi, remonta le Rhin après samort, et alla inspirer Jean Huss dans sa maison de Con-stance, puis des Alpes redescendit le Rhône et fit surgirDoucet dans le comtat d’Avignon . Jean Huss fut brûlé,Doucet fut écartelé. L’heure de Luther n’avait pas encoresonné. Dans les voies de la providence, il y a des hommes