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J’ai donc commencé à gravir vers la ruine entre le sou-venir de Falkenstein et le souvenir du géant. Il faut vousdire que je m’étais d’abord fait indiquer le meilleur sentierpar des enfants du village, service pour lequel je leur ailaissé prendre dans ma bourse tout ce qu’ils ont voulu ;car les pièces d’argent et de cuivre de ces peuples loin-tains, thalers, gros, pfennings, sont les choses les plus fan-tastiques et les plus inintelligibles du monde, et, pour mapart, je ne comprends rien à ces monnaies barbares impo-sées par les borusses au pays des ubiens.
Le sentier est âpre en effet; dangereux, non, si ce n’estpour les personnes sujettes au vertige, ou peut-être aprèsles grosses pluies, quand la terre et la roche sont glissantes.Du reste, cette ruine maudite et redoutée a sur les autresruines du Rhin l’avantage de n’être pas exploitée. Aucunofficieux ne vous suit dans l’ascension, aucun démonstra-teur des spectres ne vous demande pour boire, aucuneporte verrouillée et cadenassée ne vous barre le cheminà mi-côte. On grimpe, on escalade le vieil escalier debasalte des burgraves, qui reparaît encore par endroits,on s’accroche aux broussailles et aux touffes d’herbe;personne ne vous aide et personne ne vous gène. Aubout de vingt minutes j’étais au sommet du mont, auseuil de la ruine. Là, je me suis retourné et j’ai fait halteun moment avant d’entrer. Derrière moi, sous unepoterne changée en crevasse informe, montait un roidcescalier changé en rampe de gazon. Devant moi se déve-loppait un immense paysage presque géométriquementcomposé, sans froideur pourtant, de tranches concen-triques; à mes pieds, le village groupé autour de son clo-cher ; autour du village, un tournant du Rhin ; autour duRhin , un sombre croissant de montagnes couronnées auloin çà et là de donjons et de vieux châteaux ; autour etau-dessus des montagnes, la rondeur du ciel bleu.
Après avoir repris haleine, je suis entré sous la poterneet j’ai commencé à escalader la pente étroite de gazon. Encet instant-là, la forteresse éventrée m’est apparue avecun aspect si délabré et une figure si formidable et si sau-vage, que j’avoue que je n’aurais pas été surpris le moinsdu monde de voir sortir de, dessous les rideaux de lierre