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peut-il vous faire à vous, mon jeune vaillant, d’aider unpauvre vieillard infirme à attacher cette outre sur sesépaules?
Ceci parut concluant à Pécopin. Il se baissa, souleva deterre Poutre , qui se laissa faire sans difficulté, et, la sou-tenant entre ses bras, il s’apprêta à la poser sur le dos duvieillard, qui se tenait courbé devant lui.
Un moment de plus, et c’était fait.
Le diable a des vices; c’est là ce qui le perd. Il est gour-mand. Il eut dans cette minute-là l’idée de joindre l’âmede Pécopin aux autres âmes qu’il allait emporter; maispour cela il fallait d’abord tuer Pécopin.
Il se mit donc à voix basse à appeler un esprit invisibleauquel il commanda quelque chose en paroles obscures.
Tout le monde sait que lorsque le diable dialogue etconverse avec d’autres démons, il parle un jargon moitiéitalien, moitié espagnol . Il dit aussi çà et là quelques motslatins.
Ceci a été prouvé et clairement établi dans plusieursrencontres, et en particulier dans le procès du docteurEugenio Torralva, lequel fut commencé à Valladolid le10 janvier 1526, et convenablement terminé le 6 mai 1531par l’auto-da-fé dudit docteur.
Pécopin savait beaucoup de choses. C’était, je vous l’aidit, un cavalier d’esprit qui était homme à soutenir brave-ment une vespéric. 11 avait des lettres. Il connaissait lalangue du diable.
Or, à l’instant où il lui attachait l’outre sur l’épaule, ilentendit le petit vieillard courbé dire tout bas : Bamos,non sierra occhi, verbera, frappa, y echa la piedra. Cecifut pour Pécopin comme un éclair.
Un soupçon lui vint. Il leva les yeux, et vit à une grandehauteur au-dessus de lui une pierre énorme que quelquegéant invisible tenait suspendue sur sa tète.
Se rejeter en arrière, toucher de sa main gauche le talis-man, saisir de la droite son poignard et en percer l’outreavec une violence et une rapidité formidables, c’est ceque fit Pécopin, comme s’il eût été le tourbillon qui, dansla môme seconde, passe, vole, tourne, brille, tonne et fou-droie.