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II.
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FRANCFORT-SUR-LE-MEIN . 141

travers le vacarme. Il y a des émotions ridicules quil nefaut pas laisser voir; pourtant javoue que, si javais su quefaire dun pauvre petit cochon de lait, quun bouclieremportait devant moi par les deux pieds de derrière et quine criait pas, ignorant ce quon lui voulait et ne compre-nant rien à la chose, je laurais acheté et sauvé. Une joliepetite fille de quatre ans, qui comme moi le considéraitavec compassion, semblait my encourager du regard. Jenai pas fait ce que cet œil charmant me disait, jai désobéià ce doux regard, et je me le reproche. Une superbe etgrandiose enseigne dorée, soutenue par une grille en po-tence, la plus belle et la plus riche du monde, composéede tous les emblèmes du corps des bouchers et surmontéede la couronne impériale, domine et complète cette magni-fique écorcherie digne de Paris au moyen âge, devantlaquelle, à coup sûr, se fussent ébahis Calatagirone auquinzième siècle et Rabelais au seizième.

De lécorchcrie on débouche dans une place de grandeurmédiocre, digne de la Flandre et qui mériterait dêtrecélébrée et admirée, môme après le Vieux-Marché doBruxelles . Cest une de ces places trapèzes autour des-quelles tous les styles et tous les caprices de larchitecturebourgeoise au moyen âge et à la renaissance se dressentreprésentés par des maisons modèles, selon lépoque etle goût, lornementation a tout employé avec un à-proposprodigieux, lardoise comme la pierre, le plomb comme lebois. Chaque devanture a sa valeur à part et concourt enmême temps à la composition et à lharmonie générale dela place. A Francfort comme à Bruxelles , deux ou troismaisons neuves, de laspect le plus bête et qui ont lair dedeux ou trois imbéciles dans une assemblée de gens desprit,gâtent lensemble de la place et rehaussent la beauté desvieux édifices voisins. Une merveilleuse masure du quin-zième siècle, composée, je ne sais pour quel usage, dunenef déglise et dun beffroi dhôtel de ville, remplit de sasuperbe et élégante silhouette un des côtés du trapèze.Vers le milieu delà place, à des endroits quelconques, quena évidemment désignés aucune symétrie, ont germé,comme deux buissons vivaces, deux fontaines, lune de larenaissance, lautre du dix-huitième siècle. Sur ces deux