Band 
III.
Seite
3
JPEG-Download
 

HEIDELBERG .

3

mane. Ma foi ! tant pis, tirez-vous-en comme vous pourrez ;les vieilles amitiés sont bavardes.

Je suis arrivé dans cette ville depuis dix jours, cherami, et je ne puis m’en arracher. Dans votre excursion enAllemagne, il y a douze ans, êtes-vous venu à Heidelberg ?surtout vous y êtes-vous arrêté? car il ne faut pas passerà Heidelberg , il faut y séjourner, il faudrait y vivre. Je nevous en dirais certes pas autant de cette espece de fauxVersailles badois qu’on appelle Mannheim , insipide ville,dont les rues semblent coupées à l’équerre dans un blocde plâtre, et dont les clochers, comme ceux de Namur , nesont pas des clochers, mais des bilboquets réussis. JEn des-cendant du bateau à vapeur du Rhin , je suis resté àMannheim le temps de faire atteler ma voiture, et je mesuis enfui en hâte à Heidelberg . Faites-en autant si jamaisvous venez ici.

Heidelberg , située et comme réfugiée au milieu desarbres, à l’entrée de la vallée du Neckar , entre deuxcroupes boisées plus fîères que des collines et moins âpresque des montagnes, a ses admirables ruines, ses deux églisesdu quinzième siècle, sa charmante maison do 1595, à façaderouge et à statues dorées, dite l’auberge du Chevalier deSaint-Georges , ses vieilles tours sur l’eau, son pont, etsurtout sa rivière, sa rivière limpide, tranquille et sauvage,où foisonnent les truites, où abondent les légendes, où sehérissent les rochers, où le flot, compliqué d’écueils, n’estqu’un inextricable réseau de tourbillons et de courants;ravissant fleuve-torrent où l’on peut être sûr que jamaisun bateau à vapeur ne viendra patauger.

Je mène ici une vie occupée, occupée un peu au hasard,il est vrai; mais je ne perds pas un instant, je vous assure;je hante la forêt et la bibliothèque, cette autre forêt; etle soir, rentré dans ma chambre d’auberge, comme votreami Benvenuto Cellini , j’écris sur des feuilles, qui s’eniront je ne sais où, mes aventures de la journée.

Questa mia vita travagliata io scrivo.

Seulement les travaux de Benvenuto, c’étaient des coupsd’épée ou de stylet, des évasions du château Saint-Ange ,