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LE KHI N.
comme moi ce splendide horizon. J’avais sous mes piedsles Hohenstauffen en ruine, à ma droite les romains enruine, au-dessous de moi, penchant sur le précipice, les pa-latins en ruine, au fond, dans la brume, une pauvre églisebâtie par les catholiques au quinzième siècle, envahie parles protestants au seizième, aujourd’hui partagée parune cloison entre les protestants et les catholiques, c’est-à-dire aux yeux de Rome , mi-partie de paradis et d’enfer,profanée, détruite; autour de cette église, une chétiveville quatre fois incendiée, trois fois bombardée, saccagée,relevée, dévastée et rebâtie; hier résidence princière,aujourd’hui université et manufacture, école et atelier, citéde bacheliers et d’ouvriers, c’est-à-dire fourmilière d’en-fants étudiant les ténèbres et d’hommes travaillant le néant ;devant moi, dans l’espace, j’avais les fleuves toujours denacre, le ciel toujours de saphir, les nuages toujours depourpre, les astres toujours de diamant; à côté de moi lesfleurs toujours parfumées, le vent toujours joyeux, lesarbres toujours frissonnants et jeunes. En ce moment-là,j’ai senti dans toute leur immensité la petitesse del’homme et la grandeur de Dieu , et il m’est venu un deces éblouissements de la nature que doivent avoir, dansleur contemplation profonde, ces aigles qu’on aperçoit lesoir immobiles au sommet des Alpes ou de l’Atlas.
Vous savez, Louis, sur les hauts lieux, dans les momentssolennels, il y a une marée montante d’idées qui vousenvahit peu à peu et qui submerge presque l’intelligence.Vous dire tout ce qui a passé et repassé dans mon espritpendant ces deux ou trois heures de rêverie sur leGeissberg, ce serait impossible.
Il a quatre mille ans, cette vaste campagne, qu’on voitdu sommet du Geissberg s’ouvrir comme une mer, était unlac en eflet, un immense lac qui battait tout ce grand cirquede montagnes, le mont Tonnerre, leTaunus, le Mélibocus ,le mont Pirus et les Vosges. Le Rhin , comme le Niagara,descendait de lac en lac à l’Océan. One ancienne traditionraconte qu’un nécroman, pris par un roi, dessécha ce lacpour obtenir sa liberté. Ce magicien prisonnier, c’était leRhin captif qui rongea la barrière occidentale du lac afinde pouvoir s’engouffrer plus largement entre la double