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III.
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LE RHIN .

couleuvres vous rampent dans le cerveau; la ronce siffleau bord du talus comme une poignée d’aspics; le fouet dupostillon est une vipère volante qui suit la voiture etcherche à vous mordre à travers la vitre ; au loin, dans labrume, la ligne des collines ondule comme le ventre d’unboa qui digère, et preud dans les grossissements du sommeilla figure d’un dragon prodigieux qui entourerait l’horizon.Le vent râle comme un cyclope fatigué et vous fait rêverà quelque ouvrier effrayant qui travaille avec douleur dansles ténèbres. — Tout vit de cette vie affreuse que les nuitsd’orage donnent aux choses.

Les villes qu’on traverse se mettent aussi à danser, lesrues montent et descendent perpendiculairement, lesmaisons se penchent pêle-mêle sur la voiture, et quelques-unes y regardent avec des yeux de braise. Ce sont cellesqui ont encore des fenêtres éclairées.

Vers cinq heures du matin, on se croit brisé; le soleil selève, on n’y pense plus.

Voilà ce que c’est qu’une nuit en malle-poste, et je vousparle ici des nouvelles malles qui sont d’ailleurs d’excel-lentes voitures le jour, quand la route est bonne, — cequi est rare en France .

Vous pensez bien, cher ami, qu’il me serait difficile devous donner idée d’un pays parcouru de cette manière.J’ai traversé Sézanne, et voici ce qui m’en reste : une longuerue délabrée, des maisons basses, une place avec unefontaine, une boutique ouverte où un homme éclairé d’unechandelle rabote une planche. J’ai traversé Phalsbourg , etvoici ce que j’en ai gardé: un bruit de chaînes et de ponts-levis, des soldats regardant avec des lanternes, et denoires portes fortifiées sous lesquelles s’engouffrait lavoiture.

De Vitry-sur-Marne à Nancy , j’ai voyagé au jour. Je n’airien vu de bien remarquable. Il est vrai que la malle-postene laisse rien voir.

Vitry-sur-Marne est une place de guerre rococo. Sainl-Dizier est une longue et large rue bordée çà et là de bellesmaisons Louis XV en pierre de taille. Bar-le-Duc est assezpittoresque; une jolie rivière y passe. Je suppose que c’estl’Ornain; mais je n’affirme rien en fait de rivière, depuis